Mementum, c’est le nom d’un collectif fondé en 2013 qui s’est donné pour mission de mettre sur papier la riche histoire du mouvement étudiant à l’Université de Montréal. Le 15 février dernier, le petit groupe lançait, après plus de 3 ans de travail, l’ouvrage intitulé Mementum : Auto-gestion, grèves et actions directes à l’Université de Montréal depuis 1919. L’objectif avoué du collectif est d’inspirer, à partir d’un récit historique, les nouvelles générations étudiantes pour qu’elles puissent connaître ce qui s’est fait historiquement. Apprendre des réussites et des échecs du passé pour mieux agir dans le futur, voilà qui pourrait synthétiser les motivations de Mementum.

Le livre, publié aux Éditions Aura, retrace la longue histoire de la lutte étudiante de la vénérable institution universitaire sur près d’un siècle, de 1919 à 2014. On y retrouve plusieurs récits d’action menée par les étudiantes et étudiants à travers le temps ainsi que la réaction estudiantine face à plusieurs enjeux qui ont bouleversé la société québécoise. De la fondation de la première association étudiante de l’Université, en 1922, à la grève de 2012, en passant par le massacre de Polytechnique et le mouvement altermondialiste, c’est un peu l’histoire collective du Québec que le collectif retrace.

À l’heure où une tentative de grève des stages est en cours et où de plus en plus d’associations étudiantes préparent des journées de grève pour le climat le 15 mars prochain, l’étude historique menée par Mementum vise entre autres à servir de boîte à idées pour les militantes et les militants. Joëlle Dussault, membre du collectif, explique : «L’un des objectifs du collectif Mementum a été de rendre visible d’autres luttes, d’autres lieux. Il y a donc un lien important à faire entre la valorisation de la variété d’actions collectives qui se font toujours et la volonté de reconnaître un mouvement décentralisé comme celui de la grève des stages, par exemple.»

Le livre passe plutôt rapidement sur la période de 1919 aux années 2000 en deux chapitres, avant de s’étendre beaucoup plus longuement sur la période allant de l’an 2000 à 2014, en 5 chapitres. Ce débalancement semble logique puisqu’une bonne partie de l’ouvrage repose sur des entrevues et des témoignages, beaucoup plus faciles à trouver pour l’histoire récente que celle du début du siècle. «C’est génial, parce qu’on a pu rencontrer pleins de gens avec des bagages différents», annonçait l’autrice Joëlle Dussault lors du lancement du livre, «ça nous a permis de constater qu’à toutes les époques, il y a des personnes qui se sont impliquées pour toutes sortes de causes importantes et qu’il y avait vraiment quelque chose de subversif dans la mobilisation que les gens faisaient.»

Si la courbe historique de la mobilisation à l’Université de Montréal suit évidemment celle de l’ensemble des mouvances progressistes québécoises, certaines particularités propres à l’institution émergent au sein de l’ouvrage. L’une de celles-ci est l’existence de la Fédération des associations étudiantes du campus de l’Université de Montréal (FAÉCUM) qui est l’association étudiante regroupant l’ensemble des étudiantes et étudiants de l’établissement.

«Les années 1970 et 1980 ont donné lieu à une période où la mobilisation était plutôt faible. C’est dans ce contexte que la FAÉCUM naît et à partir de ce moment-là, la moitié ou plus des énergies militantes à l’Université sont utilisées à travailler contre la FAÉCUM ou en alternative à celle-ci», soulève Dani Tardif du collectif Mementum. En effet, on retrouve dans l’ouvrage l’histoire de plusieurs initiatives cherchant à mobiliser le campus en contournant la Fédération tout au long des années 2000. Des comités tels que le CIEL, la CALESH ou le RUSH ont tour à tour fait leur apparition avant de s’éteindre quelques années plus tard, sans réussir nécessairement à s’implanter comme une force alternative à long terme.

«Notre travail, clairement, est politiquement et socialement situé. Nous avons fait le choix de mettre l’emphase sur les luttes contestataires, sur l’action directe et sur les micro-milieux militants qui se développent», affirme le Collectif Mementum en conclusion de l’ouvrage. Ainsi, l’histoire par le bas, l’histoire qu’on ne retrouve pas dans les ouvrages institutionnels, mais qui est plus souvent transmise oralement qu’à l’écrit, l’histoire provenant de témoignages des gens qui l’ont vécu directement, c’est cette histoire que le collectif a décidé de raconter dans Mementum : Auto-gestion, grèves et actions directes à l’Université de Montréal depuis 1919. Alors si vous êtes intéressé.e.s par le récit d’un collectif de clowns subversifs, celui d’un autre petit comité qui fait des bonhommes de neige revendicateurs ou encore celui d’un saccage quelconque du bureau du recteur, cet ouvrage est pour vous.