Que vous veniez d’ici ou d’ailleurs, vous avez sans doute effleuré le sujet d’une quelconque manière au cours des dernières semaines. La charte des valeurs québécoise est loin de passer inaperçue, et déchaîne les passions.

Défendue comme étant une proposition offrant des valeurs communes aux Québécois, et favorisant le rassemblement et l’harmonie, les propositions du gouvernement Marois semblent pourtant créer quelques querelles d’opinions !
Jeudi 7 novembre, le gouvernement de Pauline Marois déposait le projet à l’Assemblée nationale, nommée dorénavant Charte affirmant les valeurs de laïcité et de neutralité religieuse de l’État ainsi que d’égalité entre les femmes et les hommes et encadrant les demandes d’accommodements.
« Notre projet de charte permet d’affirmer les règles communes que nous voulons nous donner pour vivre la diversité dans l’harmonie. Nous affirmons ainsi notre volonté de bâtir un Québec dans lequel nous pourrons mieux vivre ensemble. Au Québec, l’égalité de tous les citoyens, l’égalité entre les femmes et les hommes, la séparation de l’Église et de l’État, ce sont des valeurs fondamentales », a déclaré la première ministre.

Combat de chartes !
La Commission des droits de la personne estime que plusieurs propositions du projet compromettent les libertés et les droits des citoyens, en particulier la proposition visant l’interdiction de signes religieux ostentatoires : « Un membre du personnel d’un organisme public ne doit pas porter, dans l’exercice de ses fonctions, un objet marquant ostensiblement une appartenance religieuse. »

L’interdiction du port de signe religieux pour donner ou recevoir un service de l’État porterait atteinte à la liberté de religion, protégée par la charte des droits et des libertés. D’après Jacques Frémont, le président de la CDPDJP, certaines propositions, si elles ne sont pas modifiées, ne passeront pas à l’Assemblée nationale. Ce sont les individus qui pratiquent qui devraient choisir.

Et si on en parlait

J’ai rencontré Anissa (nom fictif), étudiante marocaine au doctorat à l’Université Laval. Anissa est musulmane, mais ne porte pas le voile pour le moment. Bien plus qu’une question de religion, le voile est pour elle une manière de se présenter comme elle le souhaite. L’interdire devient un manque de liberté de se vêtir comme elle le veut.

Interrogée à savoir ce qu’elle ressent à propos de l’interdiction des signes ostentatoires, Anissa affirme qu’il faut commencer par définir ce que signifie ostentation ; «l’ostentation est le caractère de quelqu’un qui cherche à tout prix à attirer l’attention sur lui-même. Pour le voile, c’est tout le contraire de l’ostentation ! Les femmes qui portent le voile le font justement par pudeur, pour ne pas provoquer l’attirance. Ça n’a pas de sens de le considérer comme un signe ostentatoire religieux. »
« Je suis pour le port du voile. Je pense le porter un jour, mais avec cette charte, ça devient difficile. Je ne vois pas le voile comme un signe de religion, mais je le considère comme une façon de se présenter aux autres. Si je veux me couvrir la tête aujourd’hui, c’est mon choix, et je le fais parce que c’est un signe de pudicité, pas parce que quelqu’un me l’oblige», affirme-t-elle. «J’ai l’impression que beaucoup de personnes pensent qu’une femme voilée est soumise à une volonté indépendante de la sienne, il est vu comme quelque chose d’imposé. Ça arrive, mais c’est beaucoup plus un choix personnel. »

Anissa a des doutes concernant le véritable objectif de la charte. Cette affaire n’est-elle pas juste une stratégie politique ? Une façon de limiter l’immigration ? « Depuis quelques mois j’ai l’impression que « la politique » créée un problème qui n’en était pas un, et j’espère que cette affaire ne prendra pas plus d’ampleur. »

Les questions n’ont pas fini d’être posées et l’encre est loin de ne plus couler en ce qui concerne la charte des valeurs, mais il est important de se rappeler que sous les voiles et les chartes, il y a des gens.