Disponible en ligne depuis le 18 février, le film La Charte des distractions est un plaidoyer contre la fameuse loi 60, plus connue du grand public comme étant la Charte des valeurs québécoises initiée par le gouvernement péquiste de Pauline Marois.

Ce film a suscité de nombreux débats sur la toile. Le documentaire résultant du partenariat entre 99%Média, les Alter-médias et Gappa arrive en pleine période préélectorale et contribue désormais au débat sur la laïcité et l’identité québécoise dans le cadre des élections provinciales.

Pour la coréalisatrice Geneviève Côté, l’idée du film a germé en octobre 2013, alors que les artisans du projet, interpellés par le débat, ont eu l’idée de proposer une alternative aux grands médias dans l’information donnée par rapport à la Charte des valeurs. Ils voulaient offrir la parole à divers intervenants, remettant en question la politique du gouvernement péquiste.

Le documentaire fait appel à des spécialistes et à des citoyens issus de divers milieux communautaires et professionnels dont la psychiatre Cécile Rousseau, Widia Larivière du mouvement de mobilisation autochtone Idle No More, l’essayiste Jean-Marc Piotte, le juriste Rémi Bourget et la professeure de philosophie Ryoa Chung du collectif des inclusifs, les économistes Ianik Marcil et Khadija Mounib, la sociologue Maryse Potvin et bien d’autres.

Par le biais de ces divers intervenants, le documentaire traite ainsi de divers enjeux relativement occultés dans le débat tels que les questions socioéconomiques amenées par la charte ou la place des autochtones par rapport à elle. Les réalisateurs du documentaire craignent que le projet du gouvernement Marois dévalorise l’accès à l’emploi de certains immigrants.

De plus, cette charte ne semble pas vouloir en finir avec le financement des écoles privées religieuses. Les réalisateurs dénoncent non seulement l’électoralisme derrière la fameuse charte, mais accusent aussi le gouvernement péquiste de diviser la population en ciblant certains groupes ethniques et minoritaires.

Selon Geneviève Côté et en accord avec les propos de l’essayiste Jean-Marc Piotte, coauteur de l’ouvrage Les Nouveaux visages du nationalisme conservateur au Québec, le projet de charte s’inscrirait dans un néonationalisme conservateur québécois mis de l’avant par le Parti québécois de Pauline Marois qui favoriserait le repli identitaire justifié notamment par les vagues d’immigrations arabo-musulmanes en Occident.

Associé à des personnalités du milieu universitaire, telles que Mathieu Bock-Coté, l’historien Éric Bédard et le sociologue Jacques Beauchemin, ce nationalisme mettrait l’accent sur l’identité dite « canadienne-française » et serait axé sur le passé, sur la collectivité francophone de « souche catholique ». Or selon la coréalisatrice du documentaire, le Québec actuel a été forgé par les luttes sociales, féministes, syndicales et inclut tous les néo-Québécois et les premières nations. La laïcité servirait de prétexte à cette réaffirmation nationaliste, identitaire et conservatrice.

Cependant, n’endossant pas de position en faveur du multiculturalisme canadien ou du modèle de l’interculturalisme de Gérard Bouchard, le documentaire plaide plutôt pour que l’on prenne soin de nos relations intercommunautaires, en y faisant attention, et en s’en préoccupant. C’est ce que prône d’ailleurs la psychiatre Cécile Rousseau.

Pour Geneviève Côté, le projet de charte risque de « mettre du gaz dans le feu » de ces relations intercommunautaires au lieu de les apaiser. Les propos du ministre Bernard Drainville, notamment par rapport à son inquiétude envers ce que les artisans du film voient comme une « supposée islamisation de Montréal », contribueraient à alimenter davantage l’émotivité des gens. Selon la professeure Ryoa Chung, intervenant dans le film, c’est davantage aux gens qu’incombe le fardeau de devoir se dissocier de certains délires carrément racistes.

Le documentaire est disponible gratuitement en visionnement sur le site Internet http://chartedesdistractions.com/.