Bien que les quatre invités défendent la même opinion, soit l’impertinence de l’action législative dans le contexte universitaire actuel, le débat fut riche en nuances.

Rappelons que le projet de loi 38 visait à modifier les conseils d’administration des universités pour qu'ils soient composé minimalement à 60%  de membres indépendants, alors que les membres issus de la communauté universitaire obtiendraient au moins 25% des sièges. Potentiellement, un conseil pourrait être composé à 75% d’administrateurs travaillant à distance des réalités universitaires. La majorité des pouvoirs décisionnels serait concentrée entre les mains de ce nouvel organe de gestion.
Gilles Gagné, directeur du département de sociologie à l’Université Laval, rappelle que l’Université Laval est l’institution qui serait la plus directement touchée par une telle réforme: « L’Université appartient à l’ensemble des professeurs, des étudiants, des employés, des administrateurs et du recteur. L’enjeu à Laval est donc l’abolition d’une institution.»

Il ajoute aussi ne pas voir la pertinence de cet acte gouvernemental, «personne ne s’étant occupé de montrer à l’Université Laval de quelle turpitude on l’accuse».

Cette interrogation est partagée par Philippe Verreault-Julien, secrétaire général de la Table de concertation étudiante du Québec (TaCEQ). «Le projet de loi 38 est une réponse politique à un problème très précis, soit l’aventure immobilière de l’UQAM. Pourtant, ce texte renforce une gouvernance telle que celle qui est à l’origine de ce fiasco financier.»

Le président-directeur général de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ), Daniel Zizian, croit quant à lui qu’«il est impossible d’ignorer le courant général qui traverse notre société en matière de gouvernance».  C’est pourquoi la CREPUQ a présenté des suggestions de modifications au projet de loi 38, bien que son mémoire se positionne à l’encontre du modèle de gouvernance présenté par l’Exécutif. Ces suggestions ont été faites dans le but de «laisser le soin aux établissements universitaires, en fonction de leurs réalités, d’appliquer les principes  [de la loi]», dans l’éventualité où le Législateur adopterait la voie normative malgré l’opposition soulevée par le projet de loi.

De plus, Max Roy, président de la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université, affirme que la décision gouvernementale s’inscrit dans un courant idéologique de plus grande envergure. «La question de la gouvernance s’inscrit dans un mouvement plus général, mondial; c’est une tendance forte, lourde de conséquences: faire en sorte que toutes nos institutions servent un modèle économique, une économie de marché» a-t-il précisé. D’après ce membre de la Commission sectorielle «Éducation» de la Commission canadienne pour l’UNESCO, le modèle présenté en 2009 ne représente rien de moins que la remise en question de la mission des universités québécoises afin d’en faire des agents économiques.

Tous ces intervenants ont insisté sur la pertinence d’un tel forum, et appellent à la sensibilisation de la communauté étudiante et professorale à ce dossier.

Ce débat fera l’objet d’une télédiffusion au Canal Savoir et sera disponible en baladodiffusion via le site internet CHYZ.ca