L’Association de Québec Solidaire de l’Université Laval (QS-UL) a organisé une table ronde présentant un panel de quatre femmes de différents milieux le 4 avril dernier au pavillon Adrien-Pouliot. Le but : discuter d’enjeux entourant la culture du viol.

« Depuis l’affaire Gomeshi, nous avons réussi à imposer le terme de culture du viol dans la société », remarque l’une des panellistes, Céline Hequet, qui est chroniqueuse pour le journal Ricochet, mais aussi chercheuse associée à l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS). C’est le peu de positif qu’elle affirme avoir pu trouver. Chacune des femmes croit toutefois que beaucoup reste à faire pour combattre le phénomène.

« Il faut aller au-delà de la campagne Sans oui, c’est non », souhaite une autre des oratrices, Camille Lambert-Deubelbeiss, qui est pour sa part étudiante en sociologie. Elle explique que, dans certaines situations, la pression sociale peut beaucoup jouer dans la réponse donnée. « Céder, ce n’est pas pour autant consentir », dénonce-t-elle.

La sexologue et coordonnatrice au Centre de prévention et d’intervention en matière de harcèlement (CPIMH), Christine Delarosbil, illustre la culture du viol sur un continuum allant des remarques verbales jusqu’au viol. « C’est justement les plus petites actions qui contribuent à banaliser les comportements inacceptables », soutient-elle.

Vision à refaire ?

« Dans beaucoup de sociétés, les actes sexuels de la femme sont vus comme un échange de biens », explique Céline, en se basant sur des études de l’anthropologue Paola Tabet. Selon elle, la culture du viol continuera de se perpétuer tant que la sexualité des femmes sera vue comme étant leur principale richesse. Elle compare donc les actes de transgression et d’appropriation physique de la femme à une forme de vol de ressources.

En guise de solution partielle, Camille estime qu’il faut implanter une culture du consentement. Selon elle, celle-ci doit devenir obligatoire dans tous les rapports sociaux concernant le corps d’un individu et ne doit pas seulement s’inclure dans les rapports sexuels. « Un enfant qui se fait forcer à donner un bec à sa tante, c’est aussi une forme de transgression de son corps », suggère-t-elle.

De son côté, Céline propose de rendre plus imputables ceux qui commettent des actes d’agression, tant que l’égalité économique entre l’homme et la femme ne sera pas atteinte.

« Comme les agressions se produisent plus souvent entre deux individus dans un contexte intime, il faut remettre en question le fardeau de la preuve », élabore-t-elle, citant par exemple le cas d’Alice Paquet, qui n’a justement pas été retenu par faute de preuves.

Le débat de la binarité

La discussion est beaucoup axée sur les genres binaires, déplore Camille. Elle ne sentait pas en mesure d’aborder le sujet sous une perspective moins hétéronormative, comme elle ne vit pas cette réalité.

« En référant aux genres binaires et en mettant seulement à l’avant les femmes en tant que victimes, ça exclut beaucoup de gens, que les victimes soient des hommes ou des gens de la communauté LGBT », critique l’une des femmes de l’audience.

« Il ne faut pas perdre la perspective plus macroscopique que ce sont statistiquement plus des femmes qui sont victimes de la culture du viol », avertit Céline Hequet.

Christine Delarosbil a ensuite mentionné que l’égalité des sexes ne pourra pas réellement être atteinte tant que le concept des genres sexués ne sera pas socialement déconstruit.

La perspective des Premières Nations

Dans la culture crie, il n’y a pas de distinction entre l’homme et la femme dans le vocabulaire, selon ce qu’explique la quatrième panelliste et militante autochtone, Maïté Labrecque-Saganash. Cela rend le rapport au féminisme et à la culture du viol bien différent. « Il n’y a pas de féminisme autochtone à proprement parler, mais il y a des autochtones féministes », relate-t-elle.

« Les violences envers les femmes autochtones, c’est un sujet qui me touche beaucoup », affirme Maïté. Celle qui aussi été l’une des instigatrices du collectif Faut qu’on se parle rappelle que ce sont ces femmes qui sont le plus à risque au Canada de subir des violences.

« C’est aussi une problématique qui m’est très personnelle », avoue l’étudiante en science politique, alléguant qu’elle a elle-même été victime d’une agression. Elle était encore en état de choc lorsqu’elle a ensuite été questionnée par les policiers.

En fin de conférence, elle déplore aussi le profilage racial dont elle affirme avoir été victime. « Lorsqu’ils ont vu que je suis autochtone, ils m’ont tout de suite demandé si j’avais bu de l’alcool », raconte-t-elle.

En appui à ses propos sévères envers les forces de l’ordre, Maïté donne l’exemple de l’autoroute 13 en Colombie-Britannique surnommée Highway of tears. Un lieu où plusieurs femmes des Premières Nations ont disparu, selon elle.

« Il a fallu qu’une femme blanche disparaisse pour que la police s’implique. Ça démontre à quel point nos vies valent moins pour les policiers », s’insurge-t-elle.