Juan Melendez, citoyen américain de la région de Brooklyn, a été condamné à mort en 1984 pour un crime qu’il n’avait pas commis. Après 17 ans, huit mois et un jour passés dans le couloir de la mort d’une prison de la Floride, il a été reconnu non-coupable, à la suite de la découverte fortuite des aveux du véritable meurtrier. Le 22 novembre dernier, Juan Melendez, appuyé par Amnistie Internationale, donnait une conférence à l’Université Laval afin de témoigner de son expérience et de sensibiliser les gens aux problèmes qu’engendre la peine capitale.

Lors de son témoignage, Juan Melendez fait part des différents problèmes judiciaires rencontrés lors de son procès. Preuves insuffisantes, témoignages douteux ou sous pression, jugement précipité et conflits d’intérêts; des problèmes tous présents lors du procès de plusieurs condamnés à mort et lors du procès de M. Melendez. Celui-ci considère que le système judiciaire américain, quant à la peine de mort, est déficient. Il expose aussi les conditions de détentions insoutenables du couloir de la mort, où plusieurs détenus, en attente de leur exécution, s’enlèvent la vie, incapables de continuer à vivre dans de telles conditions.
Après presque 18 ans de cauchemar, Juan Menendez a été libéré en 2002. Depuis sa libération, il y a huit ans, il milite en faveur de l’abolition de la peine de mort, aux États-Unis comme partout ailleurs. À ce jour, grâce à sa persévérance, il a réussi à faire abolir la peine capitale dans l’état du Nouveau-Mexique. Il continue ses efforts afin de faire abolir la peine de mort partout à travers le monde. Appuyé par Amnistie Internationale, il tente aussi, en usant entre autres de pétitions, de soutenir certains condamnés à mort à travers le monde afin que leurs sentences soient réévaluées et que justice soit faite.

Au début de la conférence de M. Menandez, Charles Perroud, responsable de la vie militante et coordonnateur pour l’abolition de la peine de mort chez Amnistie Internationale du Canada francophone, expose différents faits quant à la peine de mort. On apprend notamment que la peine capitale, aux États-Unis, est entachée de préjugés raciaux, qu’elle n’a aucun effet dissuasif sur la criminalité et qu’elle génère des coûts financiers beaucoup plus importants que dans les cas de justice pénale ordinaire. On apprend aussi que la situation financière de presque tous les détenus du couloir de la mort ne leur permettait pas d’avoir leur propre avocat. De plus, lors de la formation du jury d’un procès concernant une peine capitale, les personnes opposées à la peine de mort sont automatiquement éliminées.

La peine de mort, pour Amnistie Internationale ainsi que pour Juan Melendez, est donc arbitraire, injuste, géographiquement inéquitable et incompatible avec la dignité humaine. Mais surtout, elle rend les erreurs irrévocables. Comme l’a répété plusieurs fois M. Mélendez durant la conférence, «lorsqu’on se rend compte qu’il y a eu une erreur et qu’un détenu est innocent, on peut aller le libérer de sa cellule, mais on ne peut pas le libérer de son cercueil.»

Actuellement, plus de 138 pays ont aboli la peine de mort. Il en reste 58 à convaincre, dont les États-Unis. Juan Melendez est le 99e des 138 personnes à avoir été condamné à mort puis innocenté par le système judiciaire américain. Soutenu par Amnistie Internationale, il compte bien continuer ses efforts, afin qu’un jour la peine capitale devienne, pour tous les pays, chose du passé.