Au Canada, même si l’insémination artificielle est aussi une pratique de plus en plus fréquente, les banques de sperme demeurent malgré tout pratiquement vides. En effet, depuis le 4 mai 2004, en conformité avec la loi C-6, il est interdit d’offrir une rétribution pour les dons de spermatozoïdes, d’ovules et d’embryons in vitro ou pour les services d’une mère porteuse. Auparavant, les donneurs recevaient une cinquantaine de dollars par don, ce qui était une contribution satisfaisante en regard des procédures nécessaires pour que le don de sperme respecte les normes de Santé Canada. Aujourd’hui, pour pallier cette situation de pénurie, 80% des dons sont importés des États-Unis.

Pourtant, donner du sperme est relativement simple. Les donneurs sont recrutés parmi des hommes âgés de 18 à 40 ans, en bonne santé. Avant de faire des dons, le donneur doit subir divers examens pour vérifier qu’il n’est pas porteur d’infections transmises sexuellement ou par le sang (ITSS), et faire évaluer la qualité de son sperme (spermogramme). Suivant ces exigences, les dons peuvent être faits régulièrement, suivant une période d’abstinence sexuelle de trois jours.

Dans certains pays, le don peut être anonyme ou non-anonyme. Selon le désir du donneur, seules certaines caractéristiques physiques peuvent être disponibles (couleur des yeux, des cheveux, poids, taille), mais également des éléments biographiques. Conséquemment à la tendance actuelle chez les enfants conçus par procréation assistée à vouloir connaître l’identité des donneurs, certaines banques se sont mêmes spécialisées dans le don de sperme non-anonyme, comme l’European Sperm Bank. Au Canada, le don est obligatoirement anonyme.

Indépendamment de l’anonymat ou de la rétribution, ce ne sont pas tous les hommes qui sont à l’aise avec cette pratique. Comme nous confie Philippe, un étudiant en relations industrielles questionné sur sa perception du don de sperme : «Je pense que ce n’est pas évident de faire ça, surtout quand on n’a jamais eu d’enfants. Je m’imagine mal à 23 ans, me dire que je suis le père de deux, trois, quatre ou même de 10 enfants. Je ne sais pas non plus comment je réagirais si à 40 ans, quelqu’un se pointait chez moi en prétendant que je suis son père.»

Il y a certaines raisons psychologiques derrière la réticence de plusieurs hommes à donner du sperme, comme de rencontrer ses enfants. Il est vrai que dans l’ère où nous vivons, la notion d’anonymat est devenue virtuellement impossible. Les tests d’ADN peuvent permettre à des enfants de retrouver leur père, grâce à différentes bases de données accessibles sur Internet.

Au Canada, l’anonymat des donneurs est garanti par la loi et permet donc la destruction de leurs données personnelles, mais le cas d’une jeune femme, Olivia Pratten, qui se bat depuis près de 10 ans pour connaître l’identité de son père biologique, pourrait bien changer la donne. Suite à la requête de la jeune femme de 28 ans, la Cour Suprême de Colombie-Britannique a statué le 15 octobre qu’une femme, née grâce à un donneur de sperme, pouvait désormais intenter des poursuites dans le but d’obtenir des informations sur son père biologique. Sur la base de ce jugement, c’est l’anonymat de tous les donneurs qui pourrait bien être révoqué.

Pourtant, malgré la révocation possible de l’anonymat, la loi protège les donneurs contre toute obligation légale envers les enfants crées avec leurs spermatozoïdes, mais leur refuse identiquement tout droit sur ces enfants. Comme le stipule l’article 538.2 du Code civil du Québec, « l'apport de forces génétiques au projet parental d'autrui ne peut fonder aucun lien de filiation entre l'auteur de l'apport et l'enfant qui en est issu.»

Le don de sperme pose plusieurs questions sur l’avenir de la société, et en particulier celle de l’eugénisme. Le don non anonyme ouvre à voie au magasinage génétique. La régulation des pratiques de la reproduction (interdiction de la vente de gamètes, par exemple) par certains états entraîne tout un «tourisme reproductif», qui mène à acheter du matériel génétique en Europe de l’Est, en Inde, ou en Amérique latine. La popularité grandissante de l’insémination artificielle chez les femmes célibataires, ainsi que chez les couples de lesbiennes laisse entrevoir l’idée d’un futur où les hommes ne joueraient qu’un bien mince rôle dans la vie d’une cellule familiale.

Encadré: Le premier cas humain, il faut remonter à la fin du XVIIIe siècle, grâce au chirurgien et anatomiste écossais John Hunter. La première fécondation issue d’un donneur est cependant plus récente et nous mène à Philadelphie, en 1884. Avec le perfectionnement des techniques et les transformations qu’a subies la cellule familiale, cette pratique s’est largement répandue. Aux États-Unis, en 2005, près de 1% des naissances avaient été réalisées avec la participation d’un donneur, soit environ 40 000 enfants.