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Trois chercheuses de l’Université Laval ont dévoilé, le 27 novembre dernier, le résultat de leur enquête sur les violences à caractère sexuel sur le campus de l’Université Laval, réalisée à l’hiver 2016. Le constat est frappant : 4 étudiants sur 10 se disent victimes de violence sexuelle depuis leur arrivée sur le campus.

En collaboration avec Henri Ouellette-Vézina

Cliquez pour voir l’étude en question.

Ces chiffres sont publiés dans le cadre de l’Enquête Sexualité, Sécurité et Interactions en Milieu Universitaire (ESSIMU), qui a pour objectif de dresser un portrait des violences sexuelles sur le campus, et de démontrer l’ampleur du phénomène. L’échantillon est de 1964 répondants.

Les professeures Francine Lavoie, de l’École de psychologie, Sylvie Parent, du Département d’éducation physique, et Isabelle Auclair, du Département de management, sont derrière la recherche. 

Photo : Elia Barbotin

Dans 57% des cas, ces violences ont eu lieu lors d’une fête ou d’une activité sociale, excluant l’initiation, et 37% ont eu lieu dans le cadre d’activités d’études. La proportion de violences à caractère sexuel en milieu universitaire lors des initiations s’élève à 19%.

Un chiffre plutôt élevé, compte tenu du fait que les initiations constituent « un phénomène unique lors du parcours universitaire », indique Mme Lavoie à ce sujet.

Également, mentionnons que plus d’étudiantes que d’étudiants ont subi de la violence sexuelle selon le rapport : 47 % des femmes et 30 % des hommes y ont été exposé(e)s.

En plus du rapport sur la situation des étudiants, cette enquête révèle que le phénomène s’étend aux membres du personnel de l’Université Laval dans une proportion similaire. En effet, 4 enseignants ou employés sur 10 ont rapporté avoir vécu au moins un geste à caractère sexuel depuis leur arrivée sur le campus de l’Université Laval.

Ces gestes se sont produits en majorité lors de tâches de travail excluant les activités d’enseignement, soit dans 71% des cas. Tout comme pour les étudiants, une partie de ces gestes se sont produits lors d’une fête ou d’une activité sociale, excluant l’initiation, à la hauteur de 34%.

Conséquences

Lors du dévoilement de l’enquête, les chercheures ont insisté sur les répercussions potentielles de cette enquête sur les victimes. 1 victime sur 10 atteint le seuil clinique associé à l’état de stress post-traumatique.

D’autres conséquences ont également été observées, telles la difficulté à poursuivre ses activités à l’Université, le changement dans l’usage des médias sociaux, le sentiment d’être constamment en état d’alerte et la consommation plus importante d’alcool ou de drogues à la suite d’un geste à caractère sexuel subi en milieu universitaire.

La CADEUL réagit

Le président de la CADEUL, Samuel Rouette-Fiset, estime que ces chiffres sont inacceptables et qu’il faudra rapidement s’asseoir avec l’administration de Sophie D’Amours afin de trouver des solutions.

« C’est grave, et il va falloir se mettre rapidement sur la planche à dessin avec l’Université pour élaborer les politiques et mettre en place des actions pour pallier au phénomène. » -Samuel Rouette-Fiset

L’objectif d’encadrer les violences sexuelles était d’ailleurs « déjà dans les plans » de l’association des étudiants de premier cycle, depuis le dépôt du projet de loi cadre de la ministre Hélène David, il y a quelques semaines. Ce dernier impose aux universités québécoises des délais stricts d’élaboration de politiques sur les violences sexuelles aux études.

« On surveille ça, et on en parle avec nos membres depuis un bout, dit le président. Ces résultats réaffirment l’urgence de collaborer avec l’Université. Il y a des gens compétents sur le campus pour traiter de ces enjeux-la, par contre ça prend des ressources. »

L’UL réagit

L’institution d’enseignement a convoqué un point de presse à 15h30 mardi, au cours duquel le vice-recteur exécutif, Robert Beauregard, et la directrice du Centre de prévention et d’intervention en matière de harcèlement (CPIMH), Josée Laprade, ont réagi à la publication de l’enquête. 

L’administration affirme qu’elle « salue l’importante étude indépendante portant sur les violences sexuelles au sein de sa communauté universitaire  ».

Le rectorat indique accueillir avec intérêt les nouvelles informations, et rappelle que depuis le début des travaux sur le sujet, « l’Université Laval a agi afin de créer un milieu plus sécuritaire et respectueux et d’accroitre l’éducation et la sensibilisation à ces enjeux, répondant ainsi à plusieurs recommandations de l’équipe de chercheures ».

« Nous travaillons présentement à l’élaboration d’une politique pour contrer les violences sexuelles et poursuivons la réalisation de nombreuses actions de prévention, de formation et de sensibilisation », a souligné le vice-recteur exécutif, Robert Beauregard.

« Nous croyons qu’il est possible d’établir un milieu de travail plus respectueux et plus sécuritaire pour toutes les employées et tous les employés. Nous sommes déterminés à mettre en place des actions concrètes pour assurer le bien-être de l’ensemble des membres de la communauté universitaire. » -Lyne Bouchard, vice-rectrice aux ressources humaines

L’UL souhaite inciter ses membres et la société en général « à condamner les gestes et les comportements à caractère sexuel non consentis ».

« Nous avons tous le pouvoir de faire une différence, et c’est ensemble, en s’entraidant et en dénonçant, que nous parviendrons à prévenir et à lutter contre ce fléau de société », a poursuivi Sophie D’Amours.

Des recommandations

Cette recherche indépendante sur les violences sexuelles à l’Université Laval s’accompagne également de recommandations que les signataires du rapport font à la direction de l’Université.

Parmi celles-ci, figurent « l’adoption d’une politique spécifique pour les campus », autrement dit des règlements à appliquer et d’un plan d’action triennal à mettre en place. Les chercheuses proposent également de mettre l’accent sur l’environnement physique et social, la sensibilisation et l’éducation au phénomène dans un plan d’intervention concret.

On explique également que le tout doit se faire en utilisant la recherche et les données probantes disponibles, ainsi que l’usage de l’innovation provenant directement du milieu universitaire.

Se confier

Dans l’ensemble des répondants parmi le personnel de l’Université Laval, 31% ont reçu des confidences de la part d’une victime et 13% d’entre eux ont été témoins d’un événement disgracieux.

En comparaison, 18% des répondants parmi les étudiants du campus ont reçu des confidences d’une victime ayant subi un geste à caractère sexuel qui n’était pas désiré. Parmi les étudiants, c’est également 13% d’entre eux qui ont été témoins d’une scène portant sur un geste à caractère sexuel, soit la même proportion que parmi les membres du personnel.

À la lumière de ces résultats, Francine Lavoie a insisté sur l’importance de la formation : « Il faut instaurer de la formation pour les témoins et outiller davantage le personnel pour faire face à ce genre de situation », a-t-elle expliqué.

Les statistiques de l’enquête témoignent d’un phénomène important sur le campus de l’Université Laval. Lors du dévoilement, les signataires du rapport ont confirmé un fait qui circule depuis le début du phénomène #MoAussi : le fait que la plupart des victimes gardent le silence. C’est à peine 15% des victimes qui signalent l’événement, que ce soit à la direction de l’Université Laval ou encore à la police. Parmi cette proportion, 8% ne signalent qu’en partie l’événement.

Plusieurs raisons ont été évoquées par les chercheures afin d’expliquer pourquoi les victimes ne dénoncent pas leur agresseur. Autant chez les hommes que chez les femmes, le fait de ne plus vouloir penser à l’événement, de ne pas croire que la situation est assez grave, ou encore les craintes et les démarches trop complexes, peuvent expliquer que les victimes gardent le silence.

Pour Isabelle Auclair, chercheure au Département d’Éducation physique et signataire du rapport, cela s’avère assez surprenant : « En 2017, je ne peux pas croire que les victimes se questionnent par rapport à leur propre culpabilité et à la dénonciation », a-t-elle noté.

Méthodologie

Pour en arriver à ces conclusions, il est important de souligner que les répondants ont participé à l’enquête sur une base volontaire. Un courriel institutionnel de masse a été envoyé à tous les étudiants et les membres du personnel de l’Université Laval les invitant à répondre au questionnaire concernant les violences sexuelles en milieu universitaire.

Pour réaliser ce rapport, l’échantillon était composé de près de 2000 personnes, comme expliqué ci-haut. « Les réponses sur une base volontaire sont donc une limite de cette enquête », ont tenu à spécifier les chercheures présentes au dévoilement.

Elles ont également affirmé être conscientes que cela n’était pas une étude nécessairement représentative, mais bien un portrait de l’échantillon recueilli, tout en affirmant que ces chiffres se comparent à ceux qui est ressorti dans le portrait provincial de l’Enquête Sexualité, Sécurité et Interactions en Milieu Universitaire (ESSIMU), réalisée ailleurs au Québec.


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