Lundi et mardi derniers ( 25 et 26 février 2013 ) se déroulait le très attendu Sommet sur l’éducation. Les journaux qui avaient tous prédit à l’avance un échec, ont finalement révisé leur prévision pour dire que ce n’était pas si mal, l’opposition criait au scandale, l’ASSÉ manifestait, les recteurs voulaient une plus grosse augmentation et Infoman filmait les moments moins glorieux des participants pour en faire un montage humoristique.

Prévisible. Très prévisible. Il n’y a pas une seule de ces choses qui n’aurait pas pu être prévue des mois à l’avance. Un autre aspect du sommet également prévu d’avance était que certaines problématiques allaient être occultées faute de temps ou de volonté.

Martine Desjardins ( présidente de la FEUQ ), dans sa tournée médias post-Sommet, évoquait un de ces sujets non couverts que je trouve particulièrement important : le partage entre la recherche et l’enseignement dans les universités. Le gouvernement a annoncé au Sommet l’ajout de 1000 professeurs dans les universités, et Mme Desjardins faisait remarquer avec justesse le fait qu’il n’existait cependant aucune garantie que ces professeurs ne seraient pas « ensevelis sous les demandes de subvention de recherche » et qu’ils allaient « bel et bien aller dans les classes et enseigner ».

Bien sûr la recherche est un élément essentiel des universités, elle fait travailler des milliers d’étudiants ( dont moi ), elle est nécessaire à l’avancement de la société et je ne verrais pas d’autres organismes ou institutions que les universités pour remplir le rôle qu’elles remplissent actuellement pour la recherche.

Le problème n’est pas là. Le problème c’est que lorsque les départements embauchent des professeurs, ils regardent à peine leur capacité à enseigner et pensent quasi exclusivement aux subventions de recherche qu’ils pourraient apporter avec eux ou aux positions des différents candidats vis-à-vis des courants dominants en recherche. Le problème, c’est qu’on reconnait davantage la qualité des professeurs au nombres de leurs publications qu’en regard des évaluations remises par les étudiants de leurs cours. Le problème, c’est que de plus en plus de professeurs sont convaincus qu’enseigner est un rôle secondaire, une tâche peu valorisante qu’ils évacuent le plus rapidement possible pour retourner à la recherche, rôle désormais priorisé au sein de bien des communautés universitaires.

Par-dessus tout, « LE » problème c’est que tout ça n’est même pas considéré comme dérangeant par les directions des universités. Celles-ci ne semblent en effet pas trouver la situation précaire la considérant même plutôt comme régulière.

Les rectorats et directions universitaires sont bien les seuls à se couvrir les yeux devant cet équilibre brisé entre enseignement et recherche. La question se pose : s’ils ne sont pas capables d’admettre un problème si évident, comment pourrons-nous leur faire confiance avec ceux qui le seront beaucoup moins ?