La guerre contre la drogue ne fournit pas les résultats escomptés par les dirigeants conservateurs. Le débat sur la légalisation de la marijuana s’impose et génère beaucoup d’action sur la scène politique fédérale. Trois options différentes s’offrent aux Canadiens. Les libéraux défendent l’idée de la légalisation de la marijuana, les conservateurs souhaitent continuer leur dispendieuse lutte à la drogue aux frais des contribuables et les néodémocrates amènent l’idée de la décriminalisation de la possession de marijuana.

Julien Landry

La marijuana est fabriquée à partir du cannabis. C’est une substance psychoactive qui agit sur la perception de la réalité. Son principal ingrédient responsable des effets psychotropes est le THC. La consommation de marijuana est beaucoup moins dangereuse que celle d’alcool. Un conducteur sous les effets de l’alcool a 1,8 fois plus de risque de faire un accident mortel. À ce jour, aucune étude n’a démontré un lien de causalité entre la consommation de marijuana et le taux de mortalité.

Des recherches indiquent que le caractère doux souvent associé à la marijuana est exagéré. À l’adolescence, le cerveau est en pleine transformation et sa malléabilité le rend vulnérable au développement de troubles psychotiques et aux problèmes de dépendance suite à une consommation régulière. La marijuana agit sur les zones cérébrales liées à la prise de décision et à l’apprentissage. Sa légalisation s’adresse aux majeurs, mais il reste possible qu’un adolescent y ait accès, comme c’est le cas pour l’alcool. Chez les individus de tous âges, sa consommation nuit à la mémorisation. Il est fortement déconseillé à un étudiant de fumer un joint en période d’examen pour se détendre, il risque davantage d’oublier des parties de sa révision. Louis Morissette, psychiatre, rappelle que les feuilles de marijuana sont plus toxiques que le tabac de la cigarette et qu’un usager régulier a plus de risques de devenir schizophrène. Les protagonistes de la législation doivent tenir compte de l’importance de la réglementation sur ce marché.

L’aspect qui suscite particulièrement l’intérêt des économistes est l’opportunité qu’a le gouvernement de s’approprier un secteur caché de l’économie et de pouvoir en faire bénéficier la société avec les profits qui y sont générés. À l’heure actuelle, c’est le crime organisé qui contrôle la vente et qui obtient les profits du commerce de cannabis au Québec. Le processus de vente n’est pas aussi pacifique que celui de l’alcool dans une SAQ. La légalisation permettrait d’éliminer énormément de violence engendrée par ce commerce. Il ne faut pas s’arrêter à la légalisation. Marc-Boris St-Maurice, président de la Fondation Marijuana, affirme que la marijuana serait moins accessible aux mineurs sous un marché légal réglementé puisque les dealers ne veulent que de l’argent alors que l’État doit considérer l’âge légal. C’est pourquoi le gouvernement doit taxer et assurer une réglementation stricte. Plusieurs experts suggèrent qu’une partie des profits réalisés soit investie dans des programmes de lutte à l’abus et à la dépendance. En plus des revenus obtenus par la taxe, le coût social généré par la guerre au pot serait moins lourd, car moins de dépenses en frais juridiques et policiers seraient nécessaires. Si l’État s’empare du commerce de la marijuana, il s’ensuivera inévitablement une restructuration des activités criminelles au sein des groupes criminalisés. Par le commerce de quelle substance les dealers vont-ils remplacer la marijuana? Il est difficile de prévoir la dangerosité et ses effets négatifs potentiels, mais il est peu probable que la nouvelle activité soit moins dangereuse que la marijuana.

Les forces policières pourraient tirer avantage de la légalisation de la marijuana. Si la possession est légale, les effectifs peuvent se concentrer sur des crimes qui font des victimes réelles. On pourrait se concentrer sur la violence résultant des activités du crime organisé. La guerre menée contre cette substance amène un problème d’éthique dans la nature du travail de policier. Dans certaines villes, des policiers ont des quotas d’arrestation à atteindre pour possession de marijuana. Cette pression engendre une distance du rôle de gardien de la paix de la communauté qu’incarne le policier. Les ressources des forces de l’ordre seraient plus efficaces si elles étaient disponibles pour lutter contre des vols, des cas d’ivresse au volant ou simplement pour patrouiller pour assurer une présence dans un quartier.

L’usage de cette drogue amène son lot d’effets négatifs. Dans le cas d’une légalisation, un problème de nature éthique se pose. La consommation pourrait-elle augmenter jusqu’à créer davantage d’effets négatifs qu’elle n’en fait actuellement sur la santé ? Puisque la production des plants de marijuana serait confiée à l’État, la qualité du produit serait contrôlée et surveillée afin d’amoindrir les risques d’atteinte à la santé de ses utilisateurs. Il faut noter que le taux de THC est reconnu pour être particulièrement très élevé sur le marché québécois. Dans un contexte légal, le taux de THC devrait être suffisamment faible pour éviter des problèmes de consommation. Toutefois, rien n’empêche un client d’en acheter davantage, mais l’abus de substance n’existe pas que pour les substances illicites. Pour que la drogue ne cause pas davantage de problèmes médicaux, l’État devra faire la promotion d’une culture de consommation responsable, créer des campagnes de sensibilisation et investir dans des programmes d’aide aux toxicomanes.

Le NPD opte pour la décriminalisation de la possession de marijuana. Cette idée implique une augmentation de la demande pour ce produit puisque les consommateurs sont plus nombreux à vouloir une drogue pour laquelle aucune peine ne s’applique pour sa possession. Toutefois, il n’y aurait pas de modification législative concernant la production et les mécanismes de vente, l’offre serait alors inchangée. C’est-à-dire que son commerce est toujours entre les mains du crime organisé. La hausse de la demande et le maintien de l’offre ne mènent qu’à une augmentation du prix de vente. Les producteurs feront davantage de profits, la violence systémique résultant des guerres de groupes criminels et des effets de la substance ne fera qu’augmenter avec le temps. De plus, l’absence de contrôle sur la qualité risque de laisser le taux de THC élevé. La décriminalisation augmente les profits de l’économie souterraine et les ressources financières nécessaires à la répression du crime aux frais des contribuables. Cette proposition est économiquement inefficace.

En attendant la prochaine campagne électorale fédérale, le Canada peut observer les effets de la légalisation dans certains états américains. Ce thème sera sans aucun doute très présent dans le discours des chefs fédéraux en 2015.