Ces derniers temps, la controverse de Katy Perry fait jaser. Tout se passe sur le plateau d’American Idol avec Benjamin Glaze, âgé de 19 ans. Il dit n’avoir jamais embrassé une fille, il souhaite attendre le bon moment. C’est alors que Katy Perry lui demande de venir à la table des juges pour un baiser sur la joue. Avec une telle pression, il décide de s’approcher. Le premier baiser est sur la joue, mais au deuxième, la chanteuse se tourne pour l’embrasser. Le jeune chanteur est mal à l’aise, les juges rient et l’encouragent.

Les notions de consentement et de harcèlement touchant les hommes reviennent dans ce genre de situation; pensons notamment, plus près de nous, aux inconduites sexuelles d’Éric Salvail.

Briser les mythes et les stéréotypes

Le Centre d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC) met en lumière les mythes circulant dans la société québécoise, par exemple : les garçons et les hommes ne peuvent pas être des victimes, car la société dit que les hommes sont capables de se défendre, ils sont moins traumatisés qu’une femme ou même qu’ils doivent se considérer chanceux de susciter une telle attention.

En réalité Michel Dorais, sociologue de la sexualité et professeur au Département de service social à l’Université Laval, souligne, dans une entrevue à Radio-Canada, qu’une agression sexuelle ou du harcèlement sexuel est une affaire de pouvoir : peu importe la taille ou les caractéristiques physiques, personne n’est à l’abri.

Dans un rapport annuel de 2015-2016 du Centre de prévention en matière de harcèlement (CPIMH), 66% des consultations en matière d’harcèlement psychologique et sexuel ont été effectuées par des femmes, contre 34% par des hommes. Pourtant, la proportion de plaintes déposées sont semblables : 53% chez les femmes et 47% chez les hommes. Les personnes responsables de harcèlement sont majoritairement des hommes avec 71%, comparativement aux femmes à 29%. Ces données sont antérieures à la grande campagne de Sans oui c’est non, soulignant qu’une femme sur trois et un homme sur six seront victime de harcèlement au cours de leur vie.

Christine Delarosbil est coordonnatrice d’opérations au CPIMH et sexologue. Lorsqu’elle accompagne les personnes victimes de violence psychologique, ce sont autant des hommes que des femmes; cependant, pour ce qui est du harcèlement ou des violences sexuelles, elle voit plus de femmes que d’hommes: « Les gestes commis sont semblables. Ce qui est plus courant c’est que les hommes sont victimes par les hommes ».

Au Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS), 96,8% des agresseurs sont des hommes et 3,2% des femmes; 78,1% des victimes sont des femmes et 21,9% des hommes. « On a des bénévoles hommes qui parlent de la situation qui peut être vécue par les hommes. On inclut les hommes. Il peut être victime d’agression sexuelle ou de harcèlement sexuel, on le reconnaît, puis on responsabilise tant les hommes que les femmes à respecter le consentement sexuel de l’autre personne. Tout le monde est inclus dans notre campagne », dit la coordonnatrice d’opération. L’objectif n’est pas de diminuer la présence et l’importance des femmes dans cet enjeu, mais bel et bien de démystifier les stéréotypes et de réaliser que les hommes sont aussi victimes.

Une masculinité toxique à faire disparaître

Le consentement chez les hommes victimes demeure un sujet tabou dans la société. La façon dont on éduque les garçons est une des raisons pour lesquelles les hommes osent peu porter plainte; ils doivent se défendre par eux-mêmes et rester forts. Selon Christine Delarosbil, du CPIMH, les hommes vont porter plainte lorsqu’ils sont au bout du rouleau. Eux aussi passent par des phases de déni, alors que des sentiments de culpabilité les empêchent d’aller chercher de l’aide.

De son côté, le CAVAC souligne les conséquences notamment physiques, psychologiques, affectives, comportementales, sociales et finalement, de la sexualité.

Lény Painchaud, responsable à la gestion financière de l’association des Féministes en mouvement de l’Université Laval (FEMUL), ne doute aucunement que le baiser de Katy Perry est directement une brisure d’un consentement et que cela affecte autant un homme qu’une femme.

Cependant, il ne parle pas seulement de la différence d’éducation des hommes ou des femmes, mais aussi de la masculinité toxique et du man’s up. « C’est souvent un refoulement avec les émotions selon lequel les hommes ne doivent pas montrer leur sensibilité, leur compassion. Il ne faut pas montrer un signe de faiblesse, il faut montrer un signe de force. » Il souhaite encourager les hommes à avoir plus de compassion entre eux et plus de solidarité notamment envers ceux qui ont été victimes et pour cela, il faut avant tout se défaire de la masculinité toxique.

Il souligne que ce terme ne signifie pas que les hommes sont tous toxiques, bien au contraire, mais plutôt qu’il fait référence aux normes culturelles qui tentent de ramener la masculinité à la virilité, au contrôle ou même à l’agressivité et qui empêchent le défoulement des émotions considéré plutôt comme féminin.