Tenue de kiosques, signature de pétitions, campagne de cartes visant la libération de prisonniers-ères d’opinion : les membres d’Amnistie Internationale de l’Université Laval affichent constance, conviction et opiniâtreté à travers les activités qu’ils-elles organisent tout au long de l’année. Le 23 janvier, le comité a consacré un événement d’une envergure considérable au conflit israélo-palestinien. Non seulement a-t-il atteint sa cible d’« informer le public relativement aux droits humains », mais il a atteint la sensibilité de son auditoire par le truchement d’une exposition de clichés saisissants.

Impact Campus s’est entretenu avec Emmanuelle Jauron-Lefebvre et Manon Creusot, co-présidentes d’Amnistie internationale de l’Université Laval, ainsi qu’André Beaupré, photographe à l’origine de l’exposition et coopérant pour Oxfam-Québec pendant plusieurs mois à Ramallah, du côté Cisjordanie en Palestine.  

« À tous les Palestiniens et Israéliens, afin qu’ils s’apprivoisent, se respectent et puissent enfin cohabiter et vivre en paix et en harmonie », lisait-on sur un écriteau à l’entrée de l’installation d’André Beaupré dans l’Atrium du Pavillon Charles-De-Koninck. Le coopérant a développé une vision nuancée du conflit au fil de son séjour de plusieurs mois en Palestine. « J’ai vu les deux côtés de la facette. Il y a du bon monde partout en réalité… ». L’utilisation d’une caméra 360° et le jeu de perspective auquel s’est adonné le photographe traduisent la fermeté de son intention : celle de ne pas verser dans le clivage, et de développer une compréhension panoramique des enjeux chez son auditoire. L’exposition permet ainsi d’épouser les points de vue des êtres humains accomplissant leur destinée de part et d’autre du mur de ségrégation.

Néanmoins, ayant effectué un premier séjour en 2005, le coopérant pour Oxfam a mesuré combien la colonisation israélienne s’est effectuée de manière décomplexée, « morcelant le terrain de plus en plus » au fil des années. « J’ai vu une méga différence d’un séjour à l’autre, affirme-t-il. Israël forme de plus en plus de colonies : il y a des régions que je ne reconnaissais pas tellement ils en avaient bâti ».

Amnistie Internationale de l’Université Laval est également d’avis que la colonisation, « illégale du point de vue du droit international », constitue l’un des points clés pour comprendre la situation en Palestine. Ces colonies sont « parfois soutenues par le gouvernement, parfois non »; quoi qu’il en soit, « elles sont souvent soutenues par l’armée, qui est là pour protéger les colons israéliens », affirme Emmanuelle Jauron-Lefebvre. « L’ONU avait tracé des frontières de ce que devait être l’état israélien et l’état arabe respectivement », explique l’étudiante au baccalauréat en anthropologie. Or, « Israël ne respecte pas du tout aujourd’hui ces frontières-là, et colonise de plus en plus de territoires qui, normalement, devraient être des palestiniens ».

Des droits humains bradés

Amnistie Internationale Canada fait actuellement circuler deux pétitions reliées à la situation israélo-palestienne. La première réclame l’arrêt du blocus illégal contre la bande de Gaza. Quant à la deuxième, elle vise à interpeler le Canada afin qu’il intercède auprès du gouvernement israélien en faveur du respect des droits des Palestiniens-nes, « en promulguant, par exemple, un embargo sur les armes ».

Manon Creusot mentionne effectivement qu’Israël brade les droits humains des Palestiniens actuellement. Elle évoque l’accès extrêmement difficile à l’eau de même qu’à la nourriture, vu le contrôle exercé par Israël sur les territoires occupés. Enfin, la finissante à la maîtrise en droit international évoque les mouvements de populations qu’entraînent les conflits, et les risques considérables auxquels sont exposés-es les réfugiés-es.

Le « mur de ségrégation », un « impact majeur »

Pour André Beaupré, la question de la barrière de séparation israélienne a constitué un autre aspect majeur de son séjour, « qui frappe dès l’arrivée » et dont les répercussions sont « très concrètes » au quotidien. « Pour donner un exemple de ça : moi je travaillais à Ramallah; des fois, je devais me déplacer à Bethléem qui est aussi en Cisjordanie. Si on oublie le mur, si on oublie l’occupation, en véhicule, ça représente 15 minutes de voiture. Mais avec l’occupation, c’est impossible : le mur de ségrégation force à faire des détours incroyables. Au lieu de 15 minutes, le trajet peut durer jusqu’à 3h30. Les Palestiniens, eux, ils vivent ça quotidiennement quand ils se déplacent ».

Dans une optique immersive, pour présenter ses photos, le coopérant a conçu une installation. « Parce que l’installation, la façon dont elle est faite, il y a un côté qui est Israël, c’est-à-dire si tu demeures à l’extérieur : tu n’as pas l’impression d’être pris. Et quand tu es du côté palestinien, l’idée, c’est que les gens puissent sentir le feeling d’être pris entre les trois murs, le grillage. C’est vraiment… Côté palestinien, tu te sens vraiment contrôlé ».

Monsieur Beaupré évoque d’ailleurs la « propagande » menée par les Israéliens à l’orée du territoire désigné comme palestinien. « Quand tu rentres en territoire palestinien, les Israéliens ont mis des énormes affiches indiquant « vous entrez dans un territoire palestinien, vite, vous êtes en danger », leur intention étant d’attiser la « peur chez les gens ».

L’exposition de photos se tenait à l’Atrium du pavillon Charles-De-Koninck le 23 janvier 2019. Monsieur Beaupré souhaiterait qu’elle soit également présentée à d’autres endroits. En soirée, parmi diverses présentations, Monsieur Beaupré a rendu compte de son séjour au cours d’une allocution, et Madame Julia Grignon, professeure à la Faculté de Droit, a traité de l’occupation en termes de droit international humanitaire, offrant un point de vue juridique sur la situation.

Pour signer les pétitions d’Amnistie Internationale :

Demandez au Canada d’intervenir pour l’arrêt immédiat du blocus illégal contre Gaza : https://agir.amnistie.ca/page/25785/petition/1?chain

Israël doit respecter les droits des Palestiniens : https://agir.amnistie.ca/page/24455/action/1?chain