Mercredi 13 novembre, 19h – 22h, quatre conférenciers, un dossier brûlant… Résultats ?
Vous étiez peut-être de ceux qui constituaient l’auditoire, venu pour écouter la conférence organisée par la chaire publique de l’AELIÉS et y réagir, le mercredi 13 novembre, au pavillon Desjardins. Si vous n’y étiez pas, c’est le moment de vous rattraper !

Quatre conférenciers étaient présents afin de nous éclairer sur « la chose » : Mme Michèle Sirois, anthropologue, spécialiste en sociologie des religions et membre du rassemblement pour la laïcité ; M. Louis-Philippe Lampron, professeur agrégé en droits et libertés de la personne à l’Université Laval ; M. Jocelyn Maclure, professeur agrégé à la faculté de philosophie de l’Université Laval et co-titulaire de la Chaire de philosophie dans le monde actuel ; Mme Djemila Benhabib, auteure (Ma vie à contre Coran, Les soldats d’Allah à l’assaut de l’Occident), journaliste et maître en physique et en sciences politiques et droit international. C’est tour à tour que les invités ont pris la parole afin de défendre leur point de vue sur la « charte au nom interminable ».

D’après M. Lampron, c’est après la commission Bouchard-Taylor que le gouvernement eut la volonté de clarifier certains points : le débat concernant le crucifix à l’Assemblée Nationale et donc le patrimoine religieux en général, et les questions autour des accommodements raisonnables. Cette charte serait donc née d’une volonté de clarifier plusieurs débats (même si pour le moment, elle en génère plutôt), et de mettre des balises pour rassurer les citoyens. L’État a le devoir d’être neutre au niveau de ses institutions, c’est une règle qui existe maintenant dans le droit canadien. M. Lampron se demande si cette charte vise vraiment toutes les religions ? Il est évident qu’en fonction des signes existants dans les différentes religions, les efforts à faire ne seront pas les mêmes : les chrétiens n’auront probablement rien à changer dans leurs habitudes. Pour lui, l’interdiction du port du voile est une atteinte à la liberté des personnes, et le projet de charte est clairement incompatible avec la charte des droits et libertés de la personne.

C’est au tour de Mme Benhabib de donner son avis. Intéressée depuis des années par les relations entre la religion et la politique, elle s’inquiète de la montée de l’intégrisme religieux. D’après elle, une loi est nécessaire pour lutter contre la montée des intégrismes religieux qu’elle observe depuis les années 1990, et dans le droit Québécois, il n’existe pas de loi claire sur la laïcité. « On préfère donner des adjectifs, on la qualifie de laïcité lucide, de laïcité ouverte, mais cela traduit quoi exactement ? Eh bien on la vide de son sens, la laïcité ! Rendre l’espace public laïc, c’est reconnaître les particularismes, ce n’est donc plus de la laïcité, c’est du multiculturalisme. »

Pour M. Maclure, « le gouvernement joue un jeu. Il mise sur des éléments qui mettent en conflit. » La charte serait une stratégie ; le Parti québécois utilise la politique de la division. Il n’y a pas vraiment de nouveauté dans le projet. La laïcité, composée de deux piliers qui sont le respect égal des personnes et la protection de la liberté de conscience religieuse, existe déjà. Une des propositions du projet est d’interdire le port de signes religieux pour les agents de l’État, mais c’est une zone d’ombre : qui sont les agents de l’État ? Et puis la question de l’apparence est-elle si nécessaire ? Un agent de l’État ne doit pas se laisser guider par ses convictions religieuses pour prendre des décisions. Mais il est possible de faire des « actes en rapport avec la religion » sans porter de signes visibles au sein de l’État : refuser un mariage homosexuel ou refuser de pratiquer un avortement, par exemple. Ce sont ces actes que l’on devrait interdire, et non des apparences !

Puis, ce fut au tour de Mme Michèle Sirois d’exprimer son avis : le port du voile pour un professeur à l’école ne devrait pas être permis. « Ce n’est pas un symbole neutre, il [le professeur] a une autorité sur les élèves ! Mais les enfants ne peuvent rien dire, ce sont eux les vraies victimes, ceux qui subissent et doivent rester silencieux ! » Mme Sirois considère le hijab comme un signe sexiste, et a précisé qu’il fallait « séparer consentement et liberté » des femmes à le porter… Mme Sirois, qui considère se préoccuper de ses valeurs québécoises, a fait remarquer que dès qu’il s’agissait de se préoccuper de ces valeurs, on était comparé à la « droite de Marine Le Pen ». D’après elle, l’intégration des immigrants doit se faire en mettant des balises claires et en supprimant les signes religieux.

Les différentes interventions ont été rythmées par les applaudissements, les encouragements de certains, et les mécontentements des autres.
Les questions et les interventions venant de l’assemblée hétérogène témoignaient d’un intérêt dubitatif et d’une volonté de comprendre les véritables enjeux de ce projet. La charte vise-t-elle une minorité religieuse ? Qu’apporterait l’interdiction du port de signes religieux ? Jusqu’où peuvent aller les particularismes dans la société ?
Conclusion ? Il n’y en a pas vraiment, n’est-ce pas? Le sujet risque de ne pas disparaître tout de suite.

Ç’a été dit…
« La charte n’est-elle pas discriminante pour les femmes musulmanes ? On demande quasiment de choisir entre son emploi ou son voile ! » Public

« Le laïcisme peut être le cheval de Troie de la pire xénophobie, du pire racisme ! » Public

« La vraie question est de trouver le meilleur modèle de société pour vivre ensemble.» M. Maclure

« La charte est censée apporter la fin du cas par cas, mais quand on tolère un signe d’une certaine taille et pas d’autres, on fait du cas par cas ! » M. Lampron

« L’intégrisme musulman est un mouvement planétaire qui veut se répandre ! » Mme Benhabib
Ce à quoi M. Lampron a répondu : « On est dans la peur et les amalgames là ! »

Un peu de légèreté
Petit lapsus de la part de Mme Sirois : « L’immigration il faut la digérer, hum la gérer pardon ! »
Petit lapsus venant de l’animatrice de la conférence s’adressant à Mme Sirois : « Oui, merci Mme Marois ! »