Le programme de journalisme et d’information a fêté ses 50 ans le mercredi 5 septembre dernier. Retour sur l’évolution du programme et sur les défis actuels du journalisme, avec le professeur titulaire et communicateur civique, M. Jacques Rivet.

Diplômé en 1965 à l’Université de Montréal, M. Jacques Rivet a soutenu son mémoire de diplôme supérieur en science politique à Paris avant de revenir au Québec. M. Rivet avait quitté sa ville natale de Montréal pour s’installer à Québec et prendre un poste dans l’administration publique. C’est à ce moment que l’Université Laval était à la recherche d’un professeur de journalisme : il fût le premier professeur engagé à temps plein pour enseigner la discipline le 1er juillet 1968. Le 5 septembre suivant, les cours du programme de journalisme et d’information ont débuté : les étudiants avaient en tout 56 crédits à effectuer dans la discipline principale, mais aussi dans des disciplines connexes telles que la science politique, le droit ou la sociologie. Ce fut à l’époque le premier programme à posséder un angle majeur et mineur. L’initiateur du programme, Monseigneur Marcel Lauzon, avait repris un projet de 1963 abandonné en raison du scepticisme à l’égard du projet. De par le rassemblement d’associations journalistiques au Québec, notamment les journalistes du Saguenay, ainsi que des comités de conception et d’élaboration, Lauzon a procédé à la refonte du programme de journalisme et d’information de l’Université Laval.

Un programme mûrissant

À l’origine, la structure du programme ressemblait à celle que l’on retrouve aujourd’hui. Ayant débuté avec 65 étudiants, puis 250 au bout de trois ans, le programme est devenu rapidement populaire auprès de la relève journalistique, mais aussi auprès des professionnels soucieux de la qualité de leur technique. Selon le professeur, le journalisme, avant d’être une formation technique, est à la fois une approche des phénomènes sociaux, politiques et économiques et une méthode de travail. La communication publique, c’est la transparence des faits, des gestes, des institutions et des personnalités publiques. Cela se transmet aussi dans le rapport professeur/étudiant au sein du programme qui devient un modèle de transparence. Jacques Rivet est un communicateur civique, il définit le civisme comme étant : «la conscience que l’on vit ensemble et que nous avons dressé des institutions et que certaines personnes dirigent ces institutions pour nous.»

Il est donc du ressort du journaliste de vérifier que ces personnes font bien leur travail. Pour y arriver, le devoir du citoyen est de s’informer le plus possible, car le journaliste peut difficilement s’abstraire de la politique, même en sport : « y a-t-il quelque chose de plus politique qu’une joute olympique ? », questionne M. Rivet. Le programme a également pour principe de déléguer un savoir-faire responsable et rigoureux, d’innover au rythme du développement technologique pour le mettre au service de la documentation. La transparence exige une base de données davantage développée afin de permettre à la relève de vérifier, chercher et comparer plus vite.

Les défis de la relève journalistique

Le premier défi qui vient en tête au professeur de communication concerne le déficit d’emplois en journalisme. Il garde toutefois espoir, car selon lui, toutes les institutions ont de plus en plus besoin du journalisme, notamment de la communication et des relations publiques, en particulier à l’ère des réseaux sociaux. Aujourd’hui, la réputation joue un rôle dans la prospérité d’une institution : «les journalistes n’ont plus le monopole des critiques.» Ce sont les internautes qui s’en chargent et les médias sociaux sont devenus leurs éditeurs, ce qui est aussi un défi pour la relève : il faut se démarquer.

«L’avenir est du côté de l’imagination», a déclaré le professeur. Il faut une combinaison entre la discipline « by the book » et l’anticonformisme pour réussir. Rivet espère que les stages du programme mettront davantage l’accent sur l’observation du travail des professionnels : «Tout grand créateur et artiste a d’abord été un imitateur», insiste-t-il. Selon lui, la communication numérique fait que toutes les techniques de recherche en sciences humaines sont à repenser, de même pour le sens institutionnel qui doit être renouvelé. Le journaliste doit parvenir à percer la communication interne des institutions, ce que fait M. Rivet en rédigeant les comptes rendus du Conseil Universitaire. «Écrire, c’est laisser une trace, une empreinte pour le futur de la communication publique. C’est une vision archéologique : nous devons pour avoir accès à la transparence au moment où on en a besoin». Le programme de journalisme et d’information de l’UL a encore de beaux jours devant lui, conclut-il.