Plus de 190 000 étudiants sont toujours en grève à l’heure actuelle et les pressions économiques se font ressentir à différents niveaux. Le mouvement étudiant refuse de s’essouffler chez les étudiants qui amorcent, dans certains cas, une septième semaine de grève.

Raphaël Létourneau

La grève étudiante prend une ampleur qui pourrait se révéler coûteuse pour les institutions d’enseignement. « Un rattrapage des cours sera nécessaire et si c’est fait en dehors des limites des contrats d’enseignement, des coûts seront engendrés pour chaque cours repris », a illustré Puma Freytag, président du syndicat des chargées et des chargés de cours de l’Université Laval. Selon M. Freytag, la pression économique qu’exercent les étudiants sur le gouvernement est bien réelle. « Ils devront se rendre compte que de refuser la négociation avec les étudiants coûte cher aux universités québécoises » fait-il remarquer.

La dernière semaine de coups d’éclat à travers la province commence également à peser lourd dans la balance, des ressources importantes étant investies par les services de police et de sécurité. Le maire de la ville de Montréal, Gérald Tremblay, tient d’ailleurs à rencontrer le gouvernement du Québec pour en partager les coûts. En réponse à la situation, le ministre de l’Économie, Raymond Bachand n’a pas fait preuve d’ouverture. « Montréal a l’avantage d’avoir quatre universités, donc des milliers d’étudiants qui stimulent son économie, et elle a donc aussi le désavantage d’avoir à l’occasion des manifestations de ces mêmes étudiants », a-t-il expliqué.

Pour les leaders étudiants, cette augmentation de la pression est un atout pour le mouvement. « C’est une question de jours avant que le gouvernement ne négocie avec les étudiants, parce que la pression va toujours augmenter et la situation deviendra intenable. Elle va venir de partout : des ministres de son cabinet, des employeurs, en plus des coûts de la grève qui vont augmenter sans cesse pour les institutions », prévoit Léo Bureau-Blouin, président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ). « On entre dans la phase payante, a-t-il ajouté. On est capable de convaincre le gouvernement de s’asseoir avec nous, de le convaincre de diminuer la hausse des droits de scolarité et de le convaincre de les geler»

En point de presse dimanche, le premier ministre Jean Charest s’est montré déçu de la stratégie étudiante. « Quand j’entends des choses comme ça, je vous avoue que je trouve ça un peu regrettable, parce qu’on passe à côté de la vraie question. La vraie question n’est pas dans les calculs stratégiques […], on devrait plutôt parler de l’avenir du Québec et des universités », soutient M. Charest.