La Chaire de développement international de l’Université a reçu, le 24 janvier dernier, Marcel Groleau, président de l’Union des producteurs agricoles ( UPA ). L’agriculteur d’expérience – il qualifie même la ferme familiale, qu’il administre avec son frère, de modèle – est venu parler de son organisation, de même que de l’influence de cette dernière sur le développement de l’agriculture familiale et paysanne dans le monde. 

Pier-Guy Veer 

En effet, depuis 1992, l’UPA a aidé plusieurs pays en développement pour que ces derniers puissent développer leur agriculture. L’Union s’est notamment impliquée au Burkina Faso, pour favoriser la commercialisation des produits agricoles de la région de Mouhoun, au Salvador, afin d’y créer une coopérative laitière, de même qu’à Haïti, pour y créer de l’agriculture en terrasse à flan de montagne pour empêcher l’érosion. Ces cultures ont d’ailleurs résisté au passage de l’ouragan Sandy à l’automne dernier.

Prendre ses propres décisions agricoles 

L’UPA a également travaillé au Mali, où elle a aidé le pays dans l’atteinte de sa souveraineté alimentaire. « Je dois préciser que la souveraineté alimentaire en tant que telle n’existe pas, précise M. Groleau. La souveraineté ne peut s’appliquer qu’à un État. Ce qu’on veut dire avec cette expression, c’est qu’un pays peut décider seul de sa politique agricole. Le concept ne renie pas les bienfaits du commerce; seulement, il vise plutôt à le subordonner à une politique de sécurité alimentaire afin d’avoir un pays politiquement stable, et ainsi favoriser le commerce. »

Il rappelle que plusieurs pays le font, notamment l’Union européenne avec sa politique agricole commune et les États-Unis avec son Farm Bill, qui inclut entre autres les bons alimentaires ( Food stamps ). Le Canada aussi agit de la sorte avec sa gestion de l’offre, qui limite sévèrement l’importation de plusieurs produits, dont le lait ( ce qui augmente fortement son prix ). Dans les négociations actuelles pour le traité de libre-échange avec l’Europe, cette gestion est remise en question, car les fromagers européens veulent accéder à notre marché. Ottawa avance prudemment avec ce sujet, car ouvrir notre marché à l’Europe veut dire qu’on devra l’ouvrir à d’autres pays pour se conformer aux règles de l’OMC.

Une agriculture paysanne vitale 

En Afrique, de telles politiques permettraient au pays d’éviter de subir une perte soudaine de leurs approvisionnements, comme ce fut le cas en 2008. « Plusieurs pays exportateurs qui avaient connu plusieurs sécheresses avaient cessé leurs exportations alimentaires. Jumelé avec une augmentation des prix du carburant, des biocarburants – 30 % des récoltes de maïs aux États-Unis servent à en fabriquer – et des denrées suite à des spéculations, nous avons eu la formule parfaite pour une crise alimentaire » relate le président de l’UPA.

« En misant sur l’agriculture paysanne et familiale, les pays en développement s’assurent ainsi la sécurité de leurs approvisionnements, mais aussi de diminuer la pauvreté. En effet, les plus pauvres dans les pays en développement sont principalement en milieu rural. » Il rappelle également que l’agriculture locale crée des emplois locaux, et ne croit pas que la petite taille des fermes peut influencer sur les prix – selon lui, la productivité et la taille d’une ferme ne sont pas les seuls facteurs qui rentrent dans le prix.