Les premiers cercles amateurs de mycologues amateurs voient le jour au Québec dans les années 50, notamment à Québec et Montréal. Relativement restreints à l’époque, on en compte désormais une douzaine répartis dans la province. Si les excursions en forêt pour cueillir et identifier les champignons demeurent une activité récréative, le mycotourisme, relié aux champignons, a bel et bien un potentiel lucratif, selon un professeur de l’UL.

« On entend de plus en plus parler de mycotourisme au Québec. On voit que de nombreuses initiatives ont vu le jour dans la dernière décennie », observe Biopterre, un centre de développement des bioproduits dans la province. Il s’agit d’une manière de soutenir l’économie des régions, ajoute l’organisme à but non lucratif. Le nombre de cercles de mycologues amateurs au Québec, ainsi que celui de leurs membres, est en augmentation fulgurante.

Pour J. André Fortin, spécialiste de la mycologie et des mycorhizes et professeur associé à l’Université Laval, le Québec devrait s’inspirer de la région de Castille-et-Léon, en Espagne pour mousser cette industrie. «C’est le modèle mondial quand on parle mycotourisme », dit-il en entrevue avec Impact Campus.

Dans cette région, « l’aménagement forestier est réalisé en fonction des champignons comestibles ». Ces derniers rapportent plus de 60 millions d’euros annuellement, selon l’homme d’expérience, toujours chercheur actif associé au Centre d’étude de la forêt.

Le mycotourisme dans la région de Castille-et-Léon attire plus de 40 000 touristes annuellement, d’après Micosylva, l’Institut européen de mycologie. Les visiteurs ne sont pas seulement attirés par la cueillette de champignons, mais aussi par la gastronomie, la formation et le contact avec la nature.

Des produits locaux pour la cuisine

Au Québec, le mycotourisme, « ça s’organise autour de la table, c’est-à-dire autour de la restauration », poursuit M. Fortin. La municipalité de Kamouraska, dans le Bas-Saint-Laurent, a récemment développé plusieurs initiatives en la matière, selon ses dires. Les régions de Lanaudière et Mauricie ont aussi du potentiel en la matière. Il existe près de 2700 espèces de champignons sur le territoire québécois. Parmi celles-ci, une dizaine d’entre elles ont un potentiel commercial important, souligne l’expert.

Évidemment, tous les champignons répertoriés ne sont pas comestibles. « Tous les champignons se mangent au moins une fois », lance M. Fortin à la blague. En 1999, l’Université Laval avait tenu un colloque sur les champignons forestiers comestibles. Plus de 200 personnes en provenance d’une quinzaine de pays y avaient assisté. « Ça a été vraiment ce qui a lancé l’intérêt pour les champignons forestiers au Québec », commente fièrement le professeur, qui était sur place déjà à l’époque.

Lui-même affirme avoir développé un intérêt marqué dès son jeune âge pour les champignons, influencé par une tante qui en faisait la cueillette. Aujourd’hui, le spécialiste de la mycologie et des mycorhizes fait volontiers la promotion du sujet sur la scène internationale.

« La symbiose mycorhizienne, c’est un phénomène fondamental universel dans l’évolution et le fonctionnement des plantes et des écosystèmes terrestres, ajoute-t-il. Ça veut dire que si on n’a pas de mycorhize, on n’a simplement pas de vie sur la planète. La sécurité alimentaire de tout le monde passe par ça. »

En mai dernier, un colloque sur les mycorhizes organisé par le Centre d’études sur la forêt a accueilli une centaine de participants sur le campus.

Des espèces prisées sur les marchés mondiaux

Dans un essai en agroforesterie sur les champignons forestiers comestibles publié à l’Université Laval en 2011, Élise Tremblay soulignait déjà que cette filière était sur le point de connaître une ascension fulgurante au Québec.

« La ressource présente sur le territoire et la demande en augmentation sur les marchés laissent présager une croissance soutenue, peut-on lire. Le manque de connaissances sur l’abondance et la distribution des champignons forestiers comestibles constitue toutefois un frein au développement de la filière. »

Celle qui est désormais agronome note dans son essai que « plusieurs espèces de champignons sauvages très recherchées sur les marchés mondiaux, telles que la chanterelle, le matsutaké et la morille, se retrouvent dans les sous-bois des forêts québécoises ». C’est d’ailleurs le matsukaté, un champignon particulièrement prisé par les Japonais, qui « présente la valeur commerciale la plus importante » selon elle. La chanterelle demeure l’espèce la plus transigée à l’échelle mondiale.

Dans une proposition de recherche sur les champignons hypogés, Véronique Cloutier, candidate au doctorat en sciences forestières à l’Université Laval, souligne quant à elle l’évolution rapide du marché du champignon sauvage dans les dernières années au Canada.

Alors que ceux-ci n’étaient auparavant que consommés dans les restaurants haut de gamme et vendus dans des commerces spécialisés, la donne a maintenant changé. « Depuis 2014, la plupart des chaînes d’épicerie au Canada distribuent des champignons sauvages sous une forme déshydratée », écrit-elle.

Au Québec, une centaine d’entreprises tirent des revenus de la vente de champignons, conclut la biologiste spécialisée. « Certaines espèces comme le champignon crabe sont uniques à l’Amérique du Nord et présentent un excellent potentiel d’exportation vers l’Europe et la Chine. »