Les progrès et la multiplication des connaissances dans les domaines rattachés à la robotique et à l’intelligence artificielle ont entraîné une hausse de la présence des robots dans divers quarts de métiers. Partout dans le monde, des débats éclatent alors que les gens s’inquiètent à savoir si leur emploi est menacé par un robot. 

L’avènement technologique de celle qu’on qualifie comme la quatrième révolution industrielle touchera maints secteurs d’emplois. Parmi eux, les domaines administratif, agricole et industriel, de la vente au détail et de la santé sont les plus propices à de telles transformations.

Dans un avenir relativement rapproché, soit d’ici les 10 à 20 prochaines années, on voit que près de la moitié des métiers au Canada pourraient se voir automatisés. Il y aurait ainsi, selon les experts du Forum économique mondial, 5 millions de postes traditionnels supprimés, contre 2 millions créés.

Philippe Giguère, professeur au département d’informatique et de génie logiciel de l’Université Laval, a une opinion mitigée sur la question. Il affirme que l’humain ne cèdera pas catégoriquement sa place aux robots sur le marché du travail.

La cohabitation mise de l’avant

Un effacement complet de la présence humaine est pour lui utopique et il plaide plutôt pour un esprit collaboratif avec les robots. Il s’agit d’une hypothèse plus plausible, car ces derniers sont en quelque sorte un prolongement de ses capacités. Ils sont capables d’exercer des tâches autrefois impossibles à effectuer pour l’humain, ou encore de les remplir avec une productivité décuplée.

Il compare d’ailleurs l’apparition des robots à celle de la pelle mécanique à l’époque, en faisant référence à un amortissement des coûts initiaux de l’équipement technologique. « Les robots peuvent être perçus comme une source de travail qui est fiable. Ils impliquent un coût au départ, mais par la suite, ils rentabilisent l’investissement. »

Plusieurs experts avancent que les emplois comportant des tâches monotones seront désormais automatisés pour faire place aux moins routiniers. « On va peut-être, en tant que société, mettre l’accent sur les emplois où les contacts humains sont importants », précise M. Giguère.

Selon lui, les gens pourraient bénéficier d’une meilleure qualité de vie au quotidien. Par exemple, on assisterait à un certain allègement des horaires hebdomadaires en minimisant le nombre d’heures travaillées.

« Si on peut automatiser les tâches, chaque citoyen sera peut-être appelé à travailler moins d’heures pour obtenir les mêmes bénéfices. Au lieu de passer beaucoup de temps stressé pour le travail, les gens seront probablement heureux de pouvoir passer plus de temps en famille », suggère-t-il avec optimisme.

Une question d’éthique humaine

Nonobstant toutes les conséquences positives qui pourraient ressortir d’une telle mutation des emplois, M. Giguère soutient que la société ne doit pas écarter la réflexion sur le débat éthique qui découle de l’automatisation. « On doit s’interroger et dresser une ligne dans le sens où on ne veut pas nécessairement automatiser toutes les tâches, parce qu’il y a le côté humain du travail. »

Pour ce qui est de la productivité, les robots ont certaines caractéristiques qui permettraient de multiplier le travail des humains. « Les humains vont toujours être présents, la seule chose c’est qu’il y aura un effet de levier dans le domaine technologique qui fera en sorte qu’ils seront en mesure de contrôler beaucoup plus d’équipement avec cette automatisation », poursuit-il.

Ces humains ont eux aussi des capacités qui leur sont propres et auxquelles les machines sont inférieures. On parle notamment du « jugement critique et de l’excellente motricité humaine qui entrent en ligne de compte ».

Notre société actuelle étant de plus en plus axée sur les services, on s’interroge également sur la place valorisante qu’occupe le travail dans la vie des gens. « On s’entend que pour plusieurs travailleurs, le fait de sentir qu’ils aident une personne dans leur travail c’est quelque chose qui est important pour eux. »

Questionné à savoir si la suppression de bon nombre de postes due à la robotisation pourrait éventuellement provoquer une hausse du taux de chômage, le professeur conclut : « C’est extrêmement difficile de prévoir dans quel sens ça va aller. Une chose est sûre, c’est qu’il y a des carrières qui vont devenir de plus en plus difficiles. »