Le 19 octobre se tenait en ligne une grande réunion publique, à laquelle membres et non-membres de l’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ) étaient invités à prendre part, une première dans l’histoire de l’association. Devant l’évidente aridité des conditions de travail des écrivaines et des écrivains québécois, l’Union passe à l’action et enjoint ses membres à en faire autant.

Près de 150 personnes étaient réunies pour entendre ce qu’avaient à dire Suzanne Aubry et Laurent Dubois, respectivement présidente et directeur général de l’UNEQ. Ces derniers ont d’abord rappelé la fragilité économique liée à la pandémie et la vague de dénonciations qui a déferlé sur les réseaux sociaux cet été, ces deux phénomènes menant au même constat : les conditions de travail des auteur.es doivent changer.

« L’année 2020 aura mis crument en lumière l’absence totale de filet social et de justice réparatrice pour les écrivains et écrivaines, mais aussi le déséquilibre de plus en plus profond du rapport de force entre nous et les éditeurs, producteurs ou diffuseurs. »  – Suzanne Aubry, présidente de l’UNEQ

Dans un communiqué rendu public au lendemain de cette réunion, l’UNEQ dévoile les résultats d’une enquête effectuée auprès de 444 auteur.es québécois.es.

État actuel des choses

L’enquête met en lumière les abus, le harcèlement et les agressions perpétrés dans le milieu.

« […] on parle de conduites vexatoires, insultes, propos humiliants, discrimination liée à l’expérience professionnelle, liée à la préférence sexuelle, liée au genre, liée à la notoriété […] » – Laurent Dubois, directeur général de l’UNEQ

Le communiqué rendant compte de l’enquête et publié sur le site web de l’UNEQ indique que « pour 31,5 % des répondant.e.s, il est difficile, voire impossible de considérer le milieu littéraire comme sain et d’y évoluer de manière équitable avec les autres partenaires. Ce chiffre grimpe à 37 % pour les femmes et minorités de genre ayant moins de 10 ans de carrière. » La relève littéraire est donc particulièrement vulnérable, d’autant plus que, souvent, sa connaissance du milieu est limitée, qu’elle n’a peut-être pas la confiance nécessaire pour défendre ses intérêts et qu’elle désire ardemment être publiée.

L’Union déplore son incapacité à bien défendre les intérêts de ses membres. Elle aimerait pouvoir négocier, en leur nom, avec les producteurs et les diffuseurs, les contrats d’édition et les conditions liées à la promotion des livres, par exemple, chose qu’elle a souvent tenté de faire depuis plus de quarante ans d’existence, en vain, la collaboration des acteurs du milieu littéraire n’ayant pas été obtenue.

Comment y remédier

L’inexistence d’ententes collective dans le milieu littéraire limite les moyens dont elle dispose en tant que syndicat. Alors que « la grande majorité des artistes [québécois] – arts de la scène, audio-visuels, musique – bénéficient d’une loi qui oblige les producteurs à s’entendre avec des représentants d’artistes », les écrivain.es en sont privés. Et ça, pour Laurent Dubois, c’est de la discrimination.

Il précise qu’il « existe, au Québec, des procédures de grief, de médiation et d’arbitrage. […] Pour que ces procédures puissent exister, elles doivent être intégrées à des ententes collectives. » Il poursuit en soulignant que « depuis la création de la loi S-32.01, qui régit le statut de l’artiste dans le milieu littéraire, il n’y a jamais eu la moindre entente collective de signée. […] La loi le permet, mais ne l’oblige pas. »

De telles ententes devraient être signées, selon lui, « entre l’UNEQ et certaines maisons d’édition ou l’Association des libraires du Québec ou l’Association québécoise des Salons du livre ou l’Association des bibliothèques publiques du Québec ».

Appel à tous.tes

Suite à ses maintes tentatives infructueuses, l’Union opte cette année, particulièrement après les bouleversements survenus dans le milieu, pour une action de plus grande envergure. Elle cherche non seulement l’appui de ses membres, mais également celui du public, parce qu’il faudra mobiliser tous les acteurs de la chaîne du livre et le gouvernement pour que les choses changent, puisque la loi n’encadre pas assez les conditions de travail des écrivain.es, selon Monsieur Dubois.

Pour arriver à ses fins, l’UNEQ compte notamment sur les services d’une agence de relations publiques et sur l’appui de la Fédération nationale des communications et de la culture, de l’Union des artistes, de la Guilde des musiciens et musiciennes du Québec, de l’Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec, pour ne nommer que celles-là.

L’UNEQ « travaille depuis 1977 à la défense des droits socio-économiques des écrivaines et des écrivains, ainsi qu’à la valorisation de la littérature québécoise au Québec, au Canada et à l’étranger », selon son site internet. Elle offre notamment des formations, des consultations juridiques ou fiscales ainsi que divers documents de références.