Le 2 novembre dernier, dans le cadre de la conférence Les défis contemporains de l’Union européenne (UÉ), organisée par la Chaire Jean Monnet en intégration européenne de l’Université Laval, plusieurs experts de différentes universités ont pris la parole pour expliquer les enjeux sur lesquels l’Europe doit se pencher actuellement.

En ouverture, le professeur de l’Université de Bordeaux IV et directeur fondateur de Centre de Recherches et de Documentations Européennes (CRDEI), Jean-Claude Gautron, a pris la parole afin d’aborder les multiples défis contemporains qui guettent l’UE.

« Il y a toujours eu des crises à travers l’histoire. Des crises étatiques, de participation, d’identité, mais la crise idéologique est la plus importante présentement », lance-t-il devant des dizaines de personnes très attentives.

Selon lui, la légitimité de l’Union européenne repose sur trois aspects : les institutions, les valeurs et le sens de la construction. « On fait face à de nouveaux défis. Et tout le monde a le symptôme du ce n’est pas ma faute, c’est l’autre », poursuit-il, visiblement inquiet en vue de l’avenir.

La sécurité

Au courant des derniers mois, plusieurs actes de violence ont terrassé l’Europe. Il est donc clair que plusieurs défis sécuritaires se dressent à travers le vieux continent. Giuseppe Cataldi, conférencier lors de cette journée et directeur de plusieurs centres et recherches spécialisées en immigration, soutient que les institutions européennes ne sont pas outillées pour faire face à l’état d’urgence.

« Il faut bâtir la forteresse Europe, un espace ouvert à tous. Il faut aussi travailler avec les États-tiers, mais on ne veut pas faire de colonisation », indique-t-il.

Alors que l’Europe représente une terre d’accueil pour des milliers d’immigrants et que leur arrivée s’effectue rapidement, chaque institution, qu’elle soit liée à l’Union européenne ou à un pays en particulier, doit faire face à ce défi. Giuseppe Cataldi estime qu’il faut considérer d’emblée la différence entre les traités, les chartes en place et les actions des institutions. « On est en train de perdre l’identité culturelle et politique », croit-il.

Changements dans le monde politique

En Europe, force est d’admettre que nous assistons présentement à une montée du populisme. Lors de cette École d’automne sur l’Union européenne 2017, Laurie Beaudonnet, professeure adjointe à l’Université de Montréal et spécialiste des questions européennes, a affirmé que ce mouvement était une menace pour les démocraties.

« Même s’il peut parfois être difficile de définir précisément ce qu’est un parti populiste, il est commun à ces partis d’avoir une vision unitaire et de présenter des caractéristiques spécifiques pour certaines classes du peuple », explique-t-elle.

Or, pourquoi cette montée en Europe? Mme Beaudonnet énumère plusieurs raisons pour y répondre  : la construction de l’Union européenne par les élites, l’enjeu européen progressivement délaissé par les partis en place, l’impuissance des élites face à l’intégration européenne et l’absence de possibilité d’opposition aux instances en place.

De plus, on note que le discours que l’on entend de plus en plus et qui a mené à l’élection de plusieurs dirigeants populistes en Europe (et même en Amérique du Nord avec Donald Trump) constitue un point de ressemblance des idéologies de toutes les élites politiques. « Les vrais enjeux qui touchent le peuple ne sont plus débattus dans l’arène politique », plaide Laurie Beaudonnet.

Le Brexit

Un autre événement ayant bouleversé l’Union Européenne et qui aura évidemment des répercussions sur l’ensemble des membres, c’est la sortie du Royaume-Uni. Pour le moment, même si le vote s’est avéré en faveur de retrait, rien n’est réglé.

Se disant conscient que cet événement présente un certain risque de contagion, notamment avec le vote en Catalogne, Sébastien Platon, professeur du droit public à l’Université de Bordeaux, affirme qu’on pourrait plutôt voir l’inverse se produire.

« C’est une procédure complexe qui doit se faire dans un délai restreint. Les négociations s’annoncent difficiles et les enjeux sont élevés en cas de non-accord avec l’Union européenne », note-t-il, laissant ainsi croire que cela pourrait plutôt avoir un effet de dissuasion sur les pays souhaitant déclarer leur indépendance.

Le libre-échange

Lors de cette conférence de la Chaire Jean Monnet, un autre défi de l’Union européenne a été présenté : celui du libre-échange. Richard Ouellette, professeur titulaire de l’Université Laval, a illustré plusieurs enjeux et problèmes économiques. Selon lui, au courant des dernières années, il y a eu un basculement de la situation, en défaveur de l’UE, en cette ère de grands partenariats économiques.

« Avec la mondialisation des partenariats, les institutions européennes ne sont pas adaptées à cet enjeu », affirme-t-il sans détours.

Auparavant basées sur le multilatéralisme, les négociations économiques se déroulaient beaucoup plus rondement. Lors de la négociation de l’Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l’Union européenne, on en était arrivé à un accord de principe en 2013.

Puis, en 2014, certains États membres de l’UE, notamment la Wallonie, se sont opposés à certaines clauses, obligeant la réécriture de certains chapitres. Cette négociation difficile a constitué un indicateur du futur, puisque les négociations des accords économiques avec la Corée, Singapour et l’Ukraine, pour ne nommer que ces derniers, se sont avérées houleuses. « Les partenariats avec l’Union européenne deviendront dorénavant difficiles », avertir en ce sens Richard Ouellette.