Force est d’admettre que le développement durable est au cœur des projets et des idées à l’Université Laval depuis quelques années. Certaines pratiques de l’administration sont pourtant remises en doute par un nouveau groupe militant, ULaval sans fossiles. L’organisation dénonce les importants investissements de l’institution scolaire dans l’industrie des énergies fossiles.

ULaval sans fossiles est un regroupement d’étudiants et de diverses organisations sur le campus qui demande le retrait des différents investissements de l’UL en combustibles fossiles. S’inscrivant dans un mouvement mondial, le comité désire que l’administration devienne la première université québécoise à se désinvestir totalement de ce secteur.

« Nous croyons que l’Université Laval doit vraiment confirmer son rôle de leader en développement durable », déclare la porte-parole de la campagne et étudiante à la maîtrise en administration, Alice-Anne Simard. Les militants demandent dès maintenant à l’UL de ne plus approuver d’investissement dans le secteur fossile et de retirer les fonds déjà investis d’ici les cinq prochaines années. « C’est progressif, c’est très réalisable et c’est la chose à faire », poursuit-elle.

La porte-parole confirme que le sujet a été discuté à plusieurs reprises à la table de concertation sur le développement durable. Elle soutient que le dossier a quasiment toujours été repoussé par la direction. « On s’est dit que la première étape était que la communauté universitaire comprenne la problématique et qu’ainsi peut-être l’administration sera prête à aller dans le même sens que nos revendications. »

Selon Alice-Anne Simard, l’institution d’enseignement pourrait utiliser ces fonds pour mieux investir dans l’énergie renouvelable. Elle explique que l’industrie des énergies fossiles pourrait devenir très instable à la suite des accords en environnement de Paris. « Certaines compagnies pourraient être dans l’obligation de laisser 80 % de leurs réserves dans les sols. » Elle croit donc que le fait d’investir dans les énergies renouvelables sécuriserait les finances à l’interne.

80 M $ en investissements

C’est à travers une fiducie globale que l’Université Laval et sa fondation effectuent leurs placements. « Là-dedans, il y a 178 M $ investis dans plusieurs secteurs », indique la porte-parole. Cette somme est gérée par des gestionnaires externes, mais les directives sont données par l’administration de l’UL. Peu importe l’organisation, ce type de portefeuille contiendrait entre 5 % et 10 % d’actifs dans le secteur fossiles.

De plus, Denis Brière et son équipe gèrent quatre régimes de retraite distincts. La moitié des cotisations sont patronales et proviennent donc des fonds de l’organisation.

En comptant cette fiducie globale et ces régimes de retraite, les militants d’ULaval sans fossiles estiment que l’administration a investi plus de 80 M $ dans cette industrie. « C’est un chiffre très conservateur », exprime Alice-Anne Simard.

La collaboration est de mise

Les étudiants du mouvement ULaval sans fossiles désirent d’abord et avant tout collaborer avec l’Université. Dès cet hiver, les membres espèrent rencontrer le rectorat exécutif. « Le but n’est pas de faire seulement des manifestations. On veut faire bouger les choses avec de nouveaux engagements et discuter avec eux », explique Alice-Anne. Celle-ci désire voir son université défendre son image de pionnière en développement durable. Aucune rencontre n’a été jusqu’ici planifiée depuis le lancement de la campagne.

Un site Internet et une pétition ont récemment été lancés pour sensibiliser la communauté lavalloise à la cause. Mardi soir, dès 19 h 30, se tiendra la première rencontre d’informations et de discussions d’ULaval sans fossiles, au café Fou AELIÉS.

L’organisme compte sur les assemblées générales de l’hiver prochain pour avoir le soutien des différentes associations départementales et facultaires. Toutefois, si rien ne change du côté de l’administration, plusieurs moyens de pression seront mis en place.

La militante rappelle que, dans son plan annuel, l’UL mentionne son devoir légitime dans la lutte aux changements climatiques. « Qu’elle le fasse ! On doit voir plus loin », conclut-elle.