Alors que les témoignages au sein de la communauté universitaire, à bout de souffle, se sont succédés au cours de la session d’automne, de quelle façon la direction de l’Université Laval (UL) entrevoit pallier aux différentes difficultés vécues par ses étudiant.es, qui ressemblera fortement à la précédente, soit avec des cours presque entièrement à distance? 

D’entrée de jeu, le vice-recteur aux études et aux affaires étudiantes de l’UL, Robert Beauregard, se réjouit de la participation des étudiant.es au sondage mené par l’établissement afin de mesurer leur impression face à la session d’automne, la première à s’être déroulée complètement dans le contexte de la pandémie de COVID-19, contrairement à l’hiver dernier. Selon lui, les résultats lui démontrent que la session s’est somme toute bien déroulée pour une majorité des étudiant.es.

« 77% des répondants au questionnaire nous ont signifié soit que leur session s’était bien passée ou très bien passée. Pour nous, c’est un signe de confiance en la qualité de l’éducation que nous offrons, bien sûr dans le contexte de pandémie. Il est certain que ce n’est pas un contexte normal ni idéal. On a tenté de faire du mieux qu’on pouvait », explique-t-il.

Briser l’isolement

Cette session, l’un des principaux problèmes soulevés chez les étudiants a été évidemment l’isolement social. Devant assister à des cours donnés presque exclusivement en ligne, la communauté étudiante se tenait bien plus proche de leur écran d’ordinateur que de leurs collègues ou ami.es d’études.

« Il est évident que ça amène une détresse et un quotidien plus difficile. C’est loin d’être plaisant, et nous vivons tous et toutes dans la même situation. Il faut toutefois trouver des façons de briser l’isolement. La question de la santé psychologique est très importante », assure M. Beauregard.

D’ailleurs, le vice-recteur affirme que la direction de l’établissement est en train « d’user d’imagination » afin de permettre aux étudiants de vivre moins les contrecoups de l’isolement à la session d’hiver.

« On réfléchit à la possibilité d’aménager à même les cafétérias des différents pavillons, des espaces pour permettre la réalisation de travaux d’équipe. Ça permettrait une interaction différente qu’en virtuel. »

Les facultés sont aussi mises à contribution pour mettre en place différentes mesures, dont des salons virtuels d’interaction permettant des échanges plus informels entre les étudiant.es.

S’inspirer de l’Université de Sherbrooke?

Le Devoir dévoilait en novembre dernier que l’Université de Sherbrooke (UdeS) avait l’intention d’offrir « encore plus d’enseignement en personne » l’hiver prochain comparativement à cet automne. Le recteur de l’établissement reconnaissait, en entrevue avec le quotidien, la détresse vécue par une grande partie des étudiants. Il expliquait aussi que le prix à payer de les priver de cours en classe serait beaucoup plus grand que les symptômes physiques dont ils pourraient souffrir s’ils contractaient la COVID-19.

Le vice-recteur aux études et aux affaires étudiantes de l’UL parle d’un balancement des risques quant à la décision d’offrir des cours en présence ou non.

« Il faut faire attention. On dit que les jeunes sont moins à risque de développer des symptômes physiques graves s’ils attrapent la COVID, peut-être, mais s’ils deviennent des vecteurs, et qu’ils donnent le virus à leurs grands-parents ou dans la population, on ne peut pas faire ça, on a une responsabilité dans l’ensemble de la population. »

Il insiste aussi sur le fait que selon lui, la stratégie de l’UdeS ne fait pas l’unanimité.

« L’UdeS a aussi été critiquée par plusieurs de ses étudiant.es pour avoir misé sur les cours en présence. Il y a des gens qui trouvent que c’est une bonne idée et il y a des gens qui trouvent que ce n’est pas une bonne idée. On aimerait ça à la session d’hiver d’augmenter l’interaction en personne et virtuelle, c’est certain. » – Robert Beauregard, vice-recteur aux études et aux affaires étudiantes de l’UL

Certains cours qui laissent à désirer

La qualité des cours offerts en ligne est un enjeu qui a été abondamment soulevé dans certaines lettres ouvertes d’étudiant.es de l’UL, dénonçant au passage plusieurs lacunes, dont certaines liées à l’interaction avec leurs professeur.es.

« Pour chacun des cours, même ceux qui sont asynchrones, il devrait y avoir un moment par semaine réservé aux étudiant.es pour qu’ils puissent échanger avec leurs professeur.es et collègues afin de mieux cibler les questions et difficultés », admet le vice-recteur.

Le corps professoral de l’université a pu obtenir différentes formations au cours de l’été 2020, afin de se familiariser avec les différentes méthodes pédagogiques en ligne, dont l’utilisation d’applications comme Zoom ou  Microsoft Teams. Malgré tout, certain.es étudiant.es ont reproché à des professeur.es d’avoir construit et offert uniquement leurs cours sur la base de lectures, entre autres par des documents PDF.

« La très grande majorité des profs ont fait un travail extraordinaire. J’admets toutefois que nos efforts pour les encourager à user d’outils d’interaction en ligne pour leurs cours ne garantissent pas nécessairement le résultat. C’est vrai qu’il y a des cours qui sont moins bons que d’autres, mais si on se compare à d’autres universités sur l’effort d’adaptation, nous pouvons être satisfaits », tient à souligner M. Beauregard.

Tel qu’annoncé dernièrement, la session d’hiver a été repoussée d’une semaine, justement pour permettre aux professeur.es de mieux préparer leurs cours. Une mesure d’accommodation dont la direction de l’UL espère qu’elle aura un impact réel sur la qualité des cours offerts.

« Ça va permettre de donner du temps pour que les cours soient mieux adaptés. On peut continuer à s’améliorer, et il le faut. Nous allons forcément réussir à systématiser certaines des meilleures pratiques de l’automne en nous partageant ce qui a bien fonctionné », croit le vice-recteur aux études et aux affaires étudiantes.

monPortail, plus instable qu’auparavant

Les étudiant.es ayant remarqué une lenteur accrue ou plusieurs bogues, entre autres d’affichage sur monPortail cette session n’ont pas rêvé. La direction des technologies de l’information (DTI) de l’UL tente de rectifier le tir pour la session à venir.

« C’est la priorité #1 de la DTI. Il y a une équipe de chocs présentement pour s’assurer de la stabilité de la plateforme. Effectivement, il y a eu des ratés lors de périodes avec un fort achalandage ou même pendant des examens. Il y a des serveurs qui ont été changés parce qu’ils commençaient à prendre de l’âge. À certains moments de la journée, nos réseaux sont surchargés, et c’est certain que ça a testé les limites de notre technologie », assure M. Beauregard.

« Nous ne regardons pas les notes »

Il n’est pas rare d’entendre au sein de la communauté universitaire que pour obtenir des services de la part du Centre d’aide aux étudiants de l’Université Laval, il faut être en situation d’échec ou tout près dans ses cours. Dans une lettre ouverte parue sur Impact Campus cet automne, une étudiante confirmait que cette situation était bien réelle. La directrice du centre, Louise Careau, affirme que c’est faux.

« Nous ne regardons pas les notes. On offre de l’aide autant à des gens qui ont une moyenne de 4, comme il y en a qui ont 2, comme il y en a d’autres qui sont échec. Nous sommes là pour aider les étudiant.es à compléter leur rêve : leur projet d’étude. Notre mission est d’aider les étudiant.es à retrouver leur capacité à s’investir dans leur projet, à se concentrer à réussir. », précise-t-elle.

Il est toutefois vrai que ce n’est pas chaque étudiant.e qui obtiendra au bout de sa demande d’aide une rencontre individuelle avec un.e professionnel.le du centre.

« En fonction de leurs besoins, nous offrons des services, parfois ça va être le site web avec des outils d’autosoin. Parfois, ça va être une consultation de groupe, et d’autres fois une consultation individuelle. »

Mme Careau assure que le Centre d’aide aux étudiants redirige l’étudiant.e vers une ressource externe si nécessaire.

« Spécifions aussi que si le cas d’un étudiant.e dépasse notre mandat, soit en termes de temps, donc dans la durée, ou de la problématique, nous devons le référer à des ressources externes. »

Avec le début de la campagne de vaccination au Québec, l’espoir de revoir le campus de l’Université Laval animée comme autrefois prend une nouvelle ampleur, malgré la session d’hiver qui se déroulera en grande majorité à distance.