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En pleine croissance depuis les manifestations du 20 août dernier à Québec, La Meute compte dorénavant des dizaines de milliers de membres sur sa plateforme ouverte au grand public et constitue l’un des groupes les plus médiatisés actuellement. Quel peut être l’impact d’une telle montée en puissance de l’extrémisme sur un campus comme celui de l’Université Laval ? La réponse auprès d’experts.

Maxime Fiset est chercheur au Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence (CPRMV) et étudiant au Baccalauréat en sciences politiques de l’Université Laval. À la base, il estime qu’au Québec, depuis plusieurs mois déjà, les campus universitaires ne sont pas à l’abri des mouvements extrémistes.

« Oui, il existe une certaine mouvance alt-right qui a accès aux canaux du campus et qui est politiquement incorrecte à travers ceux-ci, explique-t-il. Sans être trop nombreuse et sans avoir non plus pignon-sur rue, elle est quand même plus courante que l’on pense. »

Le plus gros risque, selon lui ? « Ce serait qu’éventuellement des groupes extrémistes veulent s’organiser sur les campus et qu’ils se servent des adversaires cherchant à les bloquer pour mousser leur réputation, un peu comme l’a fait La Meute le 20 août dernier », répond-il.

De son côté, Xavier Camus est enseignant en philosophie au niveau collégial, ancien étudiant de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et blogueur spécialisé sur la question de l’extrémisme. Il prétend plutôt que c’est une volonté forte à maintenir une liberté d’expression qui amènera l’extrémisme sur les campus.

« On sent de plus en plus qu’il y a mouvement pour laisser tout le monde s’exprimer et organiser des colloques ou des conférences sans entraves, au nom de la liberté de parole. C’est très louable, sauf qu’il ne faut pas oublier que l’idéologie islamophobe peut même frapper certains intellectuels. Je crains que ce soit par ce biais que le discours va se présenter sur les campus. »

Influencés sur la toile

Selon Xavier, « quand on parle de groupes comme La Meute, il faut aussi rappeler que leur milieu d’impact se trouve d’abord sur les réseaux sociaux et que, même si ça ne se fait pas physiquement, ils rejoignent toutes les couches sociales ».

« Ces mouvements nationalistes identitaires prennent de l’ampleur en ce sens-là et pourraient très bien séduire une certaine frange réactionnaire de la population estudiantine de l’Université Laval », ajoute-t-il.

L’un des directeurs de l’Équipe de recherche sur le terrorisme et l’antiterrorisme à l’Université Laval (ERTA), Stéphane Leman-Langlois, prévient pour sa part que l’un des dangers est qu’il y ait toute une « entreprise de manipulation de l’image » au sein des groupes extrémistes sur le Web. Celle-ci pourrait se révéler trompeuse pour certains étudiants.

« Même si on ne tolère pas d’excès et qu’on supprime certains commentaires, il n’en reste pas moins que le discours général des principaux joueurs et théoriciens de La Meute, c’est un aimant pour toutes les sortes de pires extrêmes à Québec et ailleurs, dit-il. Ce sont des discours hautement xénophobes et anti-musulmans. »

Or, M. Leman-Langlois nuance et rappelle que, si des groupes extrémistes en viennent à recruter sur les campus, ils se buteront éventuellement à beaucoup d’opposition. « J’ai l’impression que les jeunes, particulièrement sur les campus qui ont pour habitude d’être plus à gauche, ne sont pas les bons publics pour ce genre de message. Même si certains y adhéraient, ce ne serait pas le groupe le plus réceptif », affirme-t-il.

« Autrement dit, j’ignore s’il s’agit d’un danger particulier, ajoute-t-il. Mais oui, peut-être que de s’attaquer au campus pourrait être une bonne manière pour eux de devenir plus urbain, car on sait que ces groupes recrutent beaucoup à l’extérieur des grands centres. »

Comment agir ou prévenir ?

Afin de prévenir la montée des discours extrémistes dans les universités québécoises, tous les membres des campus devront s’activer, affirme Xavier Camus.

« Je pense aux jeunes chercheurs, aux jeunes étudiants particulièrement en sciences sociales, aux professeurs qui devront continuer de s’intéresser à ces thématiques, à déconstruire les faux discours, à défier l’effet des radios-poubelles par exemple, dit-il. On doit s’intéresser à cette nouvelle idéologie qui apparait dans nos médias un peu partout. »

Sans pour autant devenir une sorte d’avant-garde bien pensante, les étudiants ont donc un devoir bien concret à remplir face à l’explosion de phénomènes radicaux, poursuit Maxime Fiset.

« C’est une mission assez unificatrice, mais je crois qu’ils auront la tâche de favoriser l’esprit critique par exemple, et de défavoriser le recours aux sophismes dans l’argumentaire, dit-il. Tout le monde dans un milieu universitaire est capable de le faire sans aucune considération pour ses idéologies, et ils peuvent ensuite le démontrer à leurs proches. »

Il nuance toutefois en soulignant que le système d’éducation au Québec est conçu pour contrer et saper les bases des groupes extrémistes. « On a des écoles qui favorisent l’étude des humanités dès le niveau collégial. Nos jeunes suivent des cours de philosophie, apprennent comment argumenter. Quand on évacue les sophismes, on effrite la plateforme des radicaux. »

Ce qu’ils ont dit

« Ici au Québec, j’ai toujours essayé d’aborder ça comme un phénomène occidental. Ce qui arrive ici est similaire avec ce qu’on voit aux États-Unis avec l’élection de Donald Trump ou encore la montée de Marine Le Pen en France. Il y a des montées d’extrême-droite un peu partout en Occident du nord, là où on est plus engagés dans la guerre au terrorisme. » –Xavier Camus 

 

« Ça me donne l’impression qu’il y a une division vraiment forte, presque similaire à la division souverainistes-fédéralistes dans les années 90, qui provient d’un tabou et d’un complexe. Tabou parce que pendant très longtemps, ça a été délicat de parler de relations culturelles. Et complexe parce que les Québécois ont souvent l’impression qu’on voudrait leur donner honte. Tout ça alimente des théories du complot. » -Maxime Fiset 

 

 

« Le but est toujours de dédiaboliser le groupe, son message, d’exercer un contrôle sur l’image. On a fait bien attention à ça dans les derniers jours pour attirer des membres, mais grosso modo, tout est planifié. On sait quel contenu envoyer et de quelle façon, ce qui fait qu’on se comprend très bien quand on se parle. » -Stéphane Leman-Langlois 


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