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Possible de discuter de tout à l’université ? De moins en moins, selon certains du moins. Un enseignant du département d’histoire de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) dénonce des milieux universitaires de plus en plus censurés, où la liberté de parole est en danger.

Doctorant en histoire et sociopolitique des sciences, Yves Gingras enseigne à l’UQAM depuis 1986. Il affirme que les universités québécoises entrent dans une ère « de déclin de l’argumentation, de la rationalité et du politique ». Il ajoute même que la situation risque d’empirer, estimant que les universités deviennent des lieux où l’on empêche certaines idées d’être débattues ou entendues.

Selon le sociologue de formation, plusieurs événements sonnent l’alarme dans les universités canadiennes. En mars dernier, deux débats ont été annulés à l’UQAM. La présence du chroniqueur Mathieu Bock-Côté incommodait l’Association facultaire étudiante des sciences humaines (AFESH), qui en est venue à menacer les organisateurs de perturbation.

À Toronto, même son de cloche, là où Jordan Peterson, un professeur d’université, a dû arrêter sa conférence sous les huées de perturbateurs étudiants, alors qu’il traitait de l’usage des pronoms de genre.

L’enseignant émet l’hypothèse que le problème se trouve chez une minorité de jeunes, qui place la morale et la subjectivité en avant de la rationalité. Il rajoute que ce n’est pas la meilleure façon d’apprendre.

« Si tu t’inscris à mon université, c’est pour apprendre. Et la meilleure façon d’apprendre, c’est d’être confronté à des idées qui te déplaisent. » Ces actions anti-démocratiques pourraient selon lui avoir de lourdes conséquences dans le milieu universitaire et sur la liberté d’expression.

Les sciences sociales au cœur du problème

Que l’on soit à Montréal ou à l’Université Laval, les enseignants sont en accord :  les sciences sociales sont plus souvent victimes de censure que les autres champs d’études. Avec plus de 30 années d’expérience comme professeur à l’UQAM, M. Gingras explique que la nouvelle génération des sciences sociales confond la recherche et l’idéologie.

« Or, la recherche dans ce milieu-là est caractérisée par des méthodes et des hypothèses, affirme-t-il. On peut vérifier des choses. »

Le problème, selon lui, est qu’une minorité d’individus dans la jeune génération a une vision purement morale et affective des discours savants, délassant du même coup la lecture rationnelle.

« Ce n’est pas la même chose que de défendre l’idée d’une société qui devrait être anarchiste. On a le droit, mais ce n’est pas de la recherche, c’est de l’idéologie », poursuit-il.

« Il faut agir »

M. Gingras souligne que la solution passe avant tout par les universités. Il croit que toute personne qui perturbe une conférence ou quelconque événement devrait être sanctionné.

« Il y a des règles dans toutes les organisations, alors si tu viens dans une conférence avec des casseroles et que tu m’empêches de parler, tu devrais tout autant être sanctionné », dit-il.

Les enseignants ont eu aussi leur rôle à jouer, selon lui. Il soutient que ses collègues et lui-même ne doivent en aucun cas accepter des perturbations et en venir à s’autocensurer. Il ajoute que c’est leur rôle et celui des universités de favoriser le débat et l’art de l’argumentation.

« Il faut poser des questions qui déstabilisent l’argument. Ce n’est pas une question de respect, c’est convaincant ou non. Voilà le rôle d’un argument », estime l’historien.

Mécanisme indirect

Interrogé sur le sujet, le professeur titulaire à la Faculté de sociologie de l’Université Laval, André C. Drainville, constate que le corps professoral de l’Université est bien protégé. Il explique que le Syndicat des professeurs (SPUL) défend et sert « de rempart » à toutes formes de censure.

Il estime toutefois que le financement des recherches et la façon de choisir l’orientation des subventions peuvent être interprétés comme des mécanismes indirects de censure. Le sujet de recherche est aussi un critère à surveiller, selon lui. La question du financement crée une vague sur les enseignants qui, parfois, s’autocensurent pour des questions purement monétaires.

L’autocensure, explique le professeur, est aussi un mécanisme indirect qui diminue la liberté d’expression dans les universités. Certains professeurs sont plus timides à aborder certains sujets ou certaines idéologies par crainte de perdre leur financement.


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