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Depuis plus d’une semaine, le mot-clic #MoiAussi se répand telle une trainée de poudre sur la toile. Les conséquences sont immédiates : vagues de dénonciations, solidarité sociale envers les victimes et polémique globale, après les dossiers Éric Salvail, Gilbert Rozon et Gilles Parent. Bien que le mouvement semble donner une plus grande visibilité aux victimes d’agressions sexuelles, une question demeure en suspens : qu’est-ce qu’on fait maintenant ?

En collaboration avec Henri Ouellette-Vézina

Le mouvement de #MoiAussi a été relancé par l’actrice américaine Alyssa Milano, qui souhaitait parler de ce qui lui était arrivé. La femme de 44 ans ne se doutait pas que son geste permettrait plus tard à des centaines de femmes de dénoncer des agressions qu’elles ont subies.

Or, selon plusieurs experts, malgré tout le positif de la promotion de la dénonciation en société, cette nouvelle tendance qu’est celle de prendre la parole via les médias sociaux lance un son de cloche négatif au système de justice actuel.

À défaut d’obtenir gain de cause la plupart du temps lorsqu’elles entament un processus judiciaire contre leurs agresseurs, les victimes de harcèlement sexuel ont peut-être trouvé une alternative plus avantageuse pour elle, grâce aux médias sociaux. C’est du moins ce que souligne la professeure à la Faculté de droit de l’Université Laval, Louise Langevin, en entrevue avec Impact Campus. 

« Par leur geste de dénoncer sur la place publique via les médias sociaux, on comprend ou plutôt on déduit qu’elles n’ont pas confiance dans l’autre système , le juridique, dit l’enseignante. Elles cherchent ainsi une nouvelle façon d’obtenir justice en dénonçant sur les médias sociaux. Elles n’ont pas peur, et ce même, malgré l’anonymat de leurs publications. »

L’experte en féminisme à l’UL estime que ce phénomène constitue une douche froide pour le système de justice actuel, et que de nouvelles mesures devront être mises en place par les forces policières et décisionnelles pour mieux gérer les accusations de harcèlement sexuel.

Solidarité et optimisme

L’une des raisons primordiales du succès du #MoiAussi vient du fait, selon Mme. Langevin, qu’il entraine une vaste solidarité à l’égard des victimes. L’effervescence crée effectivement un sentiment de réconfort pour les nombreuses victimes, qui ne se sentent plus seules, mais bien accompagnées et soutenues.

Il semblerait également que le fait de voir des femmes célèbres dénoncer des hommes ayant beaucoup de pouvoir entraîne un élan d’optimisme fort chez les victimes d’agression, « leur donnant par le fait même le courage de dénoncer davantage ce qui leur est arrivé ».

C’est un point majeur que souligne du moins la coordonnatrice aux opérations au Centre de prévention et d’intervention en matière d’harcèlement à l’Université Laval (CPIMH), Christine Delarosbil.

Sa collègue, Louise Langevin, met tout de même en garde contre l’utilisation de ce mot-clic, mentionnant au passage qu’il peut entrainer un préjudice grave qui peut nuire aux victimes sur le plan social et légal, en ce qui concerne par exemple l’atteinte à la réputation d’une personne dénoncée et non condamnée, mais aussi dans véracité du témoignage des victimes présumées.

« Dans l’affaire Gomeshi, les cinq femmes s’étaient échangées des courriels, la défense les a récupérés et a accusé les femmes de s’être organisées pour dire une version des faits identiques. C’était fait dans le but de nuire à leur client », croit Mme. Langevin. Elle cite ici le cas de l’animateur de Radio-Canada, Jian Gomeshi, en 2014.

Explosion, mais pas une première

Il ne s’agit pas du premier mot-clic de la sorte à être partagé pour dénoncer des agressions sur les médias sociaux. Par contre, rarement un mouvement aura pris autant d’ampleur et par le fait même causé autant de dénonciations. La grande différence est évidente : on parle maintenant de cas de personnalités publiques, telles Éric Salvail, Gilbert Rozon et Gilles Parent, ce qui a pour effet de rendre le débat social qui en émane immensément public.

Par ailleurs, plusieurs experts notent que cette tendance à dénoncer via les médias sociaux s’inscrirait dans un processus naturel chez une victime de violences sexuelles, qui tôt ou tard souhaitera s’exprimer sur ce qu’elle a vécu, que ce soit par les voies légales ou sociales.

« Chaque victime a son propre rythme et sa propre façon de dénoncer les agressions qu’elle a subies, indique Mme Delarosbil, soulignant qu’il faut demeurer conscients du relativisme dans le milieu des violences sexuelles. Les médias sociaux offrent un nouveau support aux victimes, qui se sentent davantage épauler et prise au sérieux par la société. »

L’Université Laval réagit

Il y a un an, l’Université Laval traversait l’une des plus grandes tempêtes médiatiques de son histoire, à la suite d’une série d’agressions sexuelles perpétrées dans le pavillon Alphonse-Marie-Parent, l’une de ses résidences étudiantes.

Devant la vague de dénonciations des derniers jours, la rectrice de l’Université Laval, Sophie D’amours, a jugé bon de rappeler que plusieurs mesures sont mises en place sur le campus pour soutenir les victimes d’harcèlement, d’inconduite ou d’agressions sexuelles.

« Les personnes savent qu’elles ne sont pas seules, non seulement à Québec, mais partout dans le monde lorsqu’elles décident de dénoncer publiquement leurs agresseurs ou les intimidateurs », a-t-elle déclaré durant une conférence à la Chambre des commerces jeudi dernier.

Elle ajoute que sur son campus, les étudiants apprennent de mieux en mieux à dénoncer de manière générale, même s’il reste encore beaucoup à faire pour toucher tout le monde. « C’est sûr que les événements ont soulevé une vague, dit-elle, faisant allusion à la crise des agressions sexuelles de l’an dernier. Les gens appellent plus nos services et quand on voit les gens dénoncer, on sent le courage d’aller de l’avant. »

En fin de discours, la rectrice a affirmé que l’Université Laval continue de prendre les moyens nécessaires pour soutenir les jeunes, et ce, malgré la forte demande en service qui a été enregistrée ces derniers jours auprès de CPIMH. Les demandes d’aide et d’appui y sont actuellement en explosion, selon les informations obtenues.


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