Wikileaks a eu l’effet d’une bombe sur le monde diplomatique il y a quelques années ; des milliers de communications secrètes ont été révélées au grand jour. Cette fois-ci, ce sont les mondes fiscal et bancaire qui sont ébranlés avec Offshore Leaks. Le 4 avril dernier, le Consortium international des journalistes d’enquête révélait au public des millions de documents ( plus qu’avec Wikileaks ) relatant les nombreuses transactions de plus de 100 000 personnes bien nanties dans les paradis fiscaux de ce monde.

Pierre-Guy Veer

Courtoisie : Flickr, Bradley Wells, Creative Commons

Courtoisie : Flickr, Bradley Wells, Creative Commons

Il est estimé qu’entre 20 000 et 30 000 milliards $ ( avec 13 zéros ) seraient placés dans ces pays aux taux d’imposition bas ou inexistants – pour des considérations purement fiscales plutôt que pour attirer les investissements – qui coopèrent mal au goût de l’OCDE afin de faciliter l’échange de renseignements. Des endroits comme la Suisse, Dubaï, Panama et plusieurs îles des Caraïbes ( Bermudes, Grenade, Caïman ) sont des paradis fiscaux. Avec les années, ils ont un peu facilité l’échange de renseignements, mais sont encore sur une liste « grise » parce qu’ils ne coopèrent pas encore entièrement.

Déjà, plusieurs personnes sautent de joie suite à ces révélations. Déjà, Ottawa veut que la liste des quelque 450 Canadiens qui profitent des paradis fiscaux soit remise à l’Agence du Revenu du Canada ( ARC ). Cela pourrait faciliter l’objectif de récupération annuelle de 450 M $ en évasion fiscale. Toutefois, le NPD doute de la bonne foi du gouvernement, rappelant les compressions annoncées à l’ARC.

Le lobby socialiste Canadians for Tax Fairness dénonce aussi ces compressions. Il espère que le battage médiatique autour de Offshore Leaks suffira pour convaincre les gouvernements d’agir et de se donner les ressources nécessaires afin de récupérer les dizaines de milliards de dollars perdus – ils appartiennent aux gouvernements, visiblement – en évasion fiscale.

Mise en perspective

Toutefois, malgré la somme faramineuse cachée du fisc de plusieurs pays, celle-ci est minime par rapport à toutes les dettes publiques accumulées. Selon les calculs de The Economist, elles atteignent 53 000 milliards de dollars ; on pourrait donc payer au plus la moitié des dettes en saisissant les sommes dans les paradis fiscaux.

Aussi, qui dit paradis dit enfer. Si des gens décident de placer leur argent dans ces « paradis », c’est qu’ils peuvent en garder plus dans leurs poches. Cette action peut s’expliquer aux travers de l’école des choix publics, qui affirme que les gens agissent pour maximiser leurs intérêts personnels ; garder plus d’argent pour soi-même.

Voyant leurs vaches à lait fuir, certains pays seront tentés de diminuer leurs impôts, et c’est effectivement ce qui se passe depuis 30 ans. L’impôt des sociétés sur les revenus et sur les investissements diminuent sans cesse, et cette compétition est salutaire, s’il faut en croire certains « think-tank libertariens ».

En fait, la Banque mondiale rapportait ( 2008 ) que neuf des treize pays avec les niveaux de vie les plus hauts étaient des paradis fiscaux. Ces pays incluent… les États-Unis et le Royaume-Uni, qui avantagent grandement les investissements étrangers. D’ailleurs, deux des plus grands paradis fiscaux sont New York et Londres, et ces endroits sont des plaques tournantes de la finance internationale.