Prenant en considération les critiques dont le projet de loi 61 avait fait l’objet, la Coalition Avenir Québec (CAQ) présente le projet de loi 66, mais les militant.es écologistes ne sont toujours pas satisfaits.

Manifester sans manifestation

À bas la relance de la CAQ devait être une manifestation devant le parlement rassemblant un millier de personnes, c’est du moins le nombre d’intéressés présents à l’événement Facebook. Le passage de la région de la Capitale-Nationale en zone orange a forcé les organisateurs à se réorienter vers une action beaucoup plus intime, diffusée en direct sur les réseaux sociaux.

Quelques membres de la CEVES et de la RÉPAC se sont réunis devant le parlement afin de demander « une relance résolument verte et juste ». Crédit photo : Jessica Dufour

L’événement, qui a eu lieu vendredi vers 16h15 devant le parlement, était organisé conjointement par le Regroupement d’éducation populaire en action communautaire des régions de Québec et de Chaudière-Appalaches (RÉPAC) et la Coalition étudiante pour un virage environnemental et social (CEVES), dont font partie La planète s’invite à l’Université Laval et Pour le futur Québec. La branche de Québec du mouvement Extinction Rebellion Youth se joignait également à eux.

Trois porte-paroles se sont alternés pour un discours sur leurs préoccupations et pour presser le gouvernement de revoir ses priorités.

N’ayant pour seuls témoins sur place deux agents de sécurité, quelques passants et les voitures qui circulaient, l’événement était diffusé en ligne, permettant aux gens de soutenir la cause sans avoir à se déplacer : un rassemblement virtuel. Les militant.es ont également tracé à la craie les noms des gens absents pour qu’ils puissent ajouter leur voix aux revendications.

Les noms des gens qui n’ont pas pu manifester ont été tracés à la craie sur le pavé devant le parlement. Crédit photo : Jessica Dufour

Le projet de Loi 66 : « pas assez ambitieux »

Selon Anaïs Gousse, porte-parole du CEVES « c’est un moment vraiment décisif dans l’Histoire à savoir si on prend un chemin pour diminuer les effets de la crise climatique […] ou alors on continue et on accélère pour rentrer le plus vite possible dans le mur », « ce qu’on veut, c’est que le gouvernement prenne la bonne décision et fasse une relance qui inclut le plus possible l’urgence climatique et la justice sociale ».

 

Anaïs Gousse fait son discours devant une banderole tenue par quatre de ses collègues militants.
Crédit photo : Jessica Dufour

L’accélération administrative et l’allègement des processus prévus par le projet de loi concernent principalement des maisons pour aînés, des CHSLD, des hôpitaux, des écoles et des routes. Les manifestant.es s’opposent surtout à la construction de nouvelles routes : « Il y en a trop, on en construit toujours et ce n’est pas un investissement durable », soutient Anaïs Gousse. Comme la RÉPAC, elle aimerait voir une relance davantage basée sur l’humain, pour aider toute la population et les minorités, et non seulement la grande majorité de la population.

En dehors du projet de loi 66, les militant.es s’opposent entre autres à GNL Québec et au 3e lien, des projets qui « négligent les vies des générations futures qui seront menacées par [leurs] conséquences environnementales », selon Chloé Proulx, militante de la CEVES au niveau collégial. Le 3e lien contribuerait notamment aux émissions de gaz à effet de serre en permettant à plus de voitures de circuler. Selon Accès transports viables, un OBNL qui défend les droits des utilisateurs des transports en commun, « l’ajout ou l’élargissement d’une route n’est pas une solution viable sur le long terme ». Il souligne également qu’il est « déjà financièrement difficile d’assurer la maintenance des infrastructures existantes et [qu’] ajouter de nouveaux axes routiers ne ferait qu’aggraver cette situation à l’échelle de la province ».

D’après Danielle Lambert, de la RÉPAC, « la pandémie […] n’est que l’ombre de l’immense vague que provoquera la crise climatique qui nous touche déjà ». Chloé Proulx ajoute : « le gouvernement doit réagir à la crise climatique comme il a réagi à la crise sanitaire : en imposant des changements drastiques ». Elle soutient par ailleurs qu’il « faut cesser d’utiliser [l’hydroélectricité] pour peindre des projets polluants en vert et commencer à l’exploiter dans le respect des terres et des communautés, pour tracer une transition sociale et écologique ».

Chloé Proulx en profite pour inviter les gens à signer la pétition contre le méga-projet de gaz fossile de GNL Québec et à déposer un mémoire au Bureau d’audiences publiques en environnement (BAPE) concernant le projet de construction d’un complexe de liquéfaction de gaz naturel à Saguenay qui se tiendra jusqu’au 26 octobre. Les militant.es soutiennent qu’ils continueront à manifester leur mécontentement tant que le gouvernement ne changera pas ses priorités.