La publicité est un art qui vise à provoquer le consommateur, à attirer son attention et à le faire réagir. Il arrive qu’un message ne soit pas tout à fait approprié aux endroits où il est véhiculé. Un panneau annonçant l’ouverture d’un magasin de vêtements a fait réagir, après qu’il ait été affiché au pavillon Charles-De Koninck, en août dernier. 

La pertinence de l’écriteau en question a été remise en question par le département d’anthropologie, qui s’inscrit dans la Faculté des sciences sociales de l’Université Laval. La professeure titulaire et directrice des programmes de premier cycle au département d’anthropologie de l’UL, Manon Boulianne, affirme avoir été plutôt surprise de voir un magasin de vêtements s’afficher dans un pavillon qui n’est pas à vocation de services.

Dans les derniers jours, l’affiche a été retirée du pavillon Charles-De Koninck. Elle se retrouve maintenant sur les murs adjacents aux vestiaires du PEPS. Selon Mme Boulianne, le débat n’aurait pas été le même si on avait retrouvé cette annonce dans le pavillon de sports dès le départ.

Le problème est qu’une publicité n’ayant aucun lien avec les activités universitaires soit exposée entre les murs d’un pavillon d’enseignement et de recherche. « La mission de l’Université Laval, c’est de contribuer, à travers l’enseignement et la recherche, au développement de lectures critiques, d’analyse de la société et de transfert de connaissances », souligne Mme Boulianne, qui déplore la dissonance frappante entre l’offre du commerce Marshalls et la vocation du lieu d’enseignement.

L’enseignante précise qu’il ne s’agit « pas vraiment d’une revendication », mais plutôt d’une surprise et d’un questionnement sur la pertinence de la présence d’une telle publicité dans l’enceinte du pavillon Charles-De Koninck.

D’autres réactions dans le milieu

Le Comité Femmes de l’association des étudiantes et étudiants en anthropologie (AÉÉA) s’est également positionné dans cette affaire, notamment parce que la dite publicité est située juste au-dessus des toilettes des femmes. « De par sa situation, certaines de nos membres ont senti qu’elle visait directement les femmes, en plus du fait qu’elle présentait uniquement une femme, alors que la compagnie vend également des vêtements et accessoires pour hommes », explique le comité.

En plus du caractère sexiste de la publicité, les étudiantes parlent de « marchandisation de l’éducation » en s’interrogeant sur « l’interdépendance du secteur privé et de l’éducation, sur l’influence de ce mode de financement dans le développement des connaissances et dans l’orientation des recherches ».

Satisfaites du dénouement de la situation, à savoir le retrait de l’affiche, les femmes impliquées dans le groupe souhaitent éviter que ce genre de situation se produise à nouveau. Elles ne blâment pas entièrement la direction de l’UL dans cette polémique. « Selon nous, le nerf du problème est que le gouvernement tend à se désolidariser et à se désimpliquer du financement du milieu académique. Nous sommes conscientes que l’Université Laval ne dispose pas de nombreuses alternatives. Mais cela justifie-t-il l’acceptation d’une interrelation entre le privé et le public? », lancent-elles.

Réglementation déficitaire

Selon plusieurs, le règlement concernant la vente, la distribution, la sollicitation et l’affichage à l’Université Laval est trop peu éloquent lorsque vient le temps de baliser le contenu, le lieu et la durée d’affichage de la publicité autorisée sur le campus. Seule l’obtention d’un permis, accordé par le vice-recteur à l’administration et aux finances, est nécessaire afin de s’afficher sur les murs de l’Université.

Cette autorisation vise à contrôler les publications distribuées aux Lavallois. Selon quelques membres du personnel du département d’anthropologie, un manque de jugement au niveau de l’analyse de la teneur de l’affiche et de son lieu d’exposition est flagrant dans ce cas-ci.

À la suite du retrait du panneau il y a quelques temps, une résolution au département d’anthropologie a été adoptée afin de signaler l’étonnement aux membres de l’administration. L’objectif est tout simplement d’ouvrir la porte à une remise en question concernant les types de messages pouvant être diffusés sur le campus universitaire.

«On se surprend. On trouve que c’est préoccupant et on voulait le faire savoir aux autorités compétentes, possiblement le vice-recteur aux affaires administratives », conclut Mme Boulianne.