Le comité exécutif de l’association des étudiantes et des étudiants de Laval inscrits aux études supérieures (AELIÉS) devra finalement maintenir une position de neutralité en vue de leur référendum d’affiliation à l’UEQ, qui se tiendra du 19 au 29 mars 2018.

Après une assemblée délibérante de deux heures et deux votes portant sensiblement sur la même question, la cinquantaine d’étudiant(e)s inscrit(e)s aux cycles supérieurs présent(e)s ont finalement décidé de battre la résolution adoptée en conseil d’administration à la mi-janvier.

La résolution initiale permettant à l’exécutif de prendre position en faveur de l’UEQ (CA-2018-01-17/11) avait elle-même créé de nombreux débats au cours de la séance du conseil d’administration, se concluant par un vote à 12 contre 10. « On s’est dit : l’exécutif a un rôle à jouer, on veut être transparent », explique le président de l’AELIÉS, Pierre Parent-Sirois.

Du côté du conseil d’administration, on se défend d’avoir voulu éviter l’hypocrisie et d’avoir une approche paternaliste, tout en soutenant que la priorité demeurait toujours d’informer les membres, malgré la position partisane. Il leur semblait contradictoire de renier l’opinion de l’exécutif, considérant que les membres étaient élus et avaient soumis un plan d’action, en plus d’assister aux rencontres de l’UEQ.

« On ne s’est jamais caché de notre position. On pourrait présumer de la bonne foi, plutôt que de présumer d’un biais », soutient le vice-président aux affaires externes de l’association, Guillaume Plante.

L’étudiante au troisième cycle et membre du conseil d’administration, Isabelle Fournier, croit par ailleurs que les étudiant(e)s n’ont pas particulièrement d’opinion sur l’UEQ, et qu’ils désirent connaitre l’opinion de l’exécutif, plus informé. « On n’est pas du tout représentatif de nos 11 000 membres. Les gens ne sont pas au niveau de ce qu’on est entrain de discuter maintenant », plaide-t-elle.

Des votes très serrés

Il faut dire que la composition des assemblées courantes de l’AELIÉS est particulière. Les étudiant(e)s des facultés de sciences sociales, sciences humaines et lettres et philosophie y sont en effet surreprésentés. Si on peut penser que cela aurait pour effet de tirer les positions vers la « gauche », cet effet est compensé par une proportion similaire d’ancien(ne)s exécutant(e)s de diverses associations départementales de premier cycle moins militantes.

Après une plénière d’environ une heure, il a été proposé « que l’assemblée générale change la résolution adoptée en C.A. pour : « que le comité exécutif demeure neutre pendant la campagne et qu’il se limite à son rôle d’information ». Cette proposition a finalement été rejetée dans une proportion de 28 votes contre 27.

Puis, il a simplement été proposé « que soit rejetée la résolution CA-2018-01-17/11 ». Le vote s’est conclut avec 30 personnes en faveur, 28 en opposition et trois ayant préféré s’abstenir. Plusieurs personnes ont remis en doute la décision de la présidence d’assemblée de recevoir cette proposition, en raison de sa proximité avec celle qui venait tout juste d’être battue. Pour ne pas allonger inutilement les instances, on évite généralement de proposer plusieurs fois une même chose.

Des membres du conseil exécutif ont ensuite proposé « que les membres du CE ,tout en remplissant un mandat de neutralité, puissent librement exprimer leur opinion personnelle durant la campagne lorsqu’elle est sollicitée par les membres. » Pendant les discussions, la constatation du quorum a été demandée une fois (52 membres encore présents), puis une seconde fois après le départ de quelques personnes (toujours 52 membres encore présents), puis finalement une troisième fois (49 membres présents) après que trois personnes en faveur d’une position stricte de neutralité aient quitté la salle.

Leaders ou exécutants ?

L’une des questions centrales lors de l’assemblée était celle du rôle du comité exécutif. D’un côté, des administrateurs(trices) ainsi que les membres du comité se réclament d’un leadership à exercer auprès des étudiant(e)s. En affirmant d’emblée leur position, ils tentent d’éviter une chasse aux sorcières, provoquant souvent des confrontations inutiles. On évoque aussi une exagération du rôle d’influence du comité exécutif, qui ne dispose pas des mêmes canaux pour rejoindre les membres que les associations départementales.

« L’idée est de porter la voix des membres, pas la vôtre », répond l’étudiante de philosophie, Sandra Blouin. Les personnes défendant une position neutre craignent un chevauchement des fins partisanes, ce qui cause problème dans la mesure où les organisateurs du référendum défendent l’une des positions. Ces derniers tenaient à souligner qu’un comité exécutif est « mandaté pour exécuter, non pour être des chefs ».

Pour l’ancien président de l’AELIÉS, Christian Alain Djoko, cette démarche ne rend pas service à l’UEQ, qui souffre déjà d’un déficit de crédibilité sur le campus en raison des quatre référendums tenus sur cette question en deux ans. « Nous sommes amis, mais je préfère donner mon allégeance à la vérité », s’est-il exprimé en s’adressant aux membres du comité exécutif.

Malaises autour de la neutralité

L’autre question soulevée était celle de la neutralité. Que signifie être neutre ? Quelles sont les limites de la représentation politique ? Une personnalité « publique » peut-elle donner son opinion en privée ? Comment utiliser sa page personnelle sur les différents médias sociaux ?

Impact Campus a appris que le comité exécutif de l’AELIÉS avait demandé des précisions auprès des personnes défendant une position de neutralité, pour tenter de baliser leur différentes actions, surtout pour éviter un climat de confrontation qui viendrait ternir le débat. Dans le document non-officiel et toujours en construction, le comité exécutif est invité à « éviter tout mépris en parlant d’un camp référendaire » et à « présenter les deux camps comme deux visions du monde valides, mais qui présentent des priorités différentes », tout en référant les étudiant(e)s aux argumentaires respectifs.

Une division est aussi marquée entre une activité de représentation publique (une tournée de classe, conférence, débats publics) et une communication personnelle privée (autour d’une bière, par exemple). Les canaux de communication de l’AELIÉS (courriel, médias sociaux) devront servir équitablement les deux camps et diffuser de l’information sur le référendum, tandis que les pages personnelles des membres du comité exécutif devront éviter les publications partisanes à répétition, se contentant de partager des publications informatives, présentant préférablement le point de vue des deux camps.