La place de l’information internationale dans les médias québécois a toujours été un enjeu important. Suivi des catastrophes naturelles, attentat envers un État et guerres, les sujets et enjeux internationaux sont nombreux sur la planète. Pourtant, aujourd’hui, de moins en moins de correspondants à l’étranger sont placés ici et là dans le monde pour nous livrer leurs comptes rendus sur différentes nouvelles, faute de budget.

Outre l’argent, on note également un désintérêt du public, qui a tendance à s’intéresser à une nouvelle sur le moment, sans vraiment garder cet intérêt sur une longue période de temps, explique Nicolas Saucier,  chargé de cours au Département d’information et de communication de l’Université Laval.

« La perte d’intérêt du public se fait toujours de manière cyclique, c’est-à-dire que lorsqu’il y a un événement, les gens s’y intéressent au début, mais perdent rapidement cet intérêt. C’est surtout le cas pour des évènements qui ont tendance à s’étirer, comme la guerre en Afghanistan par exemple », souligne-t-il. Même si le Canada avait plus de 2000 soldats sur le terrain, la longueur du conflit (13 ans) fait en sorte que de moins en moins de gens restent à jour des derniers faits et gestes dans le conflit. « Les médias se lancent sur un sujet chaud, en parle quelque temps, et puis la une autre nouvelle sort alors ils se lancent sur cette actualité-là, sans faire le suivit sur la première », poursuit le chargé de cours.

Dans tout ce qui est consommé comme information internationale au Canada, M. Saucier indique que près de la moitié de cette information provient de notre voisin américain, et ce en grande partie à cause de la proximité, mais aussi de la puissance économique des Etats-Unis. « La moitié de l’information porte sur les États-Unis, un quart sur l’Europe, et finalement un dernier quart pour le reste de la planète », relate-t-il.

Un exemple frappant est celui de Radio-Canada, qui ne compte que sept correspondants à l’étranger dans ses rangs. Dans les sept, deux sont postés à Washington et deux autres à Paris. Les trois derniers correspondants sont situés à Moscow, Beyrouth et Pékin.

Problème d’offre québécoise

Le principal enjeu, selon M. Saucier, c’est que le contenu soit écrit par un Québécois, pour un Québécois. « Quelqu’un qui veut s’informer à l’international va réussir à s’informer, que ce soit à travers les sections internationales des grands journaux et médias comme Le Monde, The New York Times et la BBC. Ce qui est souvent important dans les nouvelles internationales, c’est la vision canadienne et québécoise que le journaliste peut apporter au sujet qu’il traite », illustre-t-il.

Aujourd’hui, les journaux font beaucoup affaires avec des textes d’agences de presse, soit l’Agence France-Presse, The Associated Press et Reuters qui offre un contenu de qualité, mais avec un point de vue plus français, américain et anglais sur la nouvelle. Le principal avantage des agences de presse repose dans les économies qu’elles permettent de faire aux différents journaux. Envoyer un correspondant à l’étranger ou un envoyé spécial demande beaucoup plus de ressources financières, et ce sans prendre en considération aussi la durée de l’événement. « Le texte d’agence est écrit pour plaire au plus grand nombre de lecteurs, tandis que le journaliste québécois, par exemple, peut se permettre d’écrire la nouvelle pour qu’elle soit plus intéressante pour le lectorat précis qu’il vise », affirme M. Saucier.

Des solutions

Pour remédier à ce problème d’offre, plusieurs alternatives s’offrent aux médias québécois et canadiens selon Nicolas Saucier. « L’obtention de crédits d’impôt pour les journalistes à l’étranger serait une option très envisageable. La télévision y a eu droit, notamment pour multiplier l’offre et la qualité de séries produites ici, alors cette même méthode pourrait être fait pour la presse », explique le chargé de cours à l’Université Laval.

Une autre option pour les médias québécois et canadiens serait d’enclencher les mêmes démarches que l’Union européenne, qui encore à ce jour tente de taxer les géants du Web tels que Google, Apple, Facebook et Amazon. « Les gens qui s’informent sur Google, par exemple, apportent beaucoup d’achalandage au moteur de recherche ». Les revenus publicitaires engendrés par la compagnie pourraient être redistribués en partie aux différentes entreprises médiatiques, comme c’et le cas en Belgique pour les éditeurs, qui en 2012, ont reçu plus de 5 millions d’euros de la part de Google.