Le 14 mars dernier, le ministère de l’Éducation du Québec a fait entendre sa position quant à la décision prise par l’Université McGill, de Montréal, d’offrir un programme de MBA à 29 500$. Le célèbre diplôme international d’études supérieures, qui est le plus haut niveau dans le domaine de la conduite globale des affaires, est, depuis l’automne dernier, un programme autofinancé. Cette décision vient donc ainsi renoncer aux subventions du gouvernement du Québec pour ses étudiants du MBA.

Punition du gouvernement provincial

Puisque cette décision contrevient aux règles budgétaires en vigueur et également au principe  d’accessibilité, une pénalité financière d’un peu plus de 2 millions de dollars est imposée à McGill. Ce moyen de pression a pour objectif de faire changer d’idée les responsables de l’Université afin que ce programme retrouve son accessibilité.

Cette réduction budgétaire est attribuable pour l’année 2010-2011. Elle équivaut au financement accordé pour une année d’enseignement de 200 étudiants qui aurait pu profiter du programme régulier si la disponibilité avait été maintenue. À cette somme s’ajoute le montant de la subvention pour les 57 étudiants inscrits à l’automne 2010.

Comme l’a souligné Line Beauchamp, ministre de l’Éducation, «cet ajustement à la baisse sera appliqué jusqu’à ce que la situation ait été régularisée. Toutefois, je ne saurais accepter que cette réduction de la subvention ait un effet sur la qualité des services offerts aux étudiants.» Toutefois, Pierre Moreau, responsable de la planification stratégique et du développement de politiques à la direction de l’Université McGill, soutient que cette sanction provoquera un déficit dans le budget du programme, et qu’il devra être distancé d’une façon ou d’une autre.

Réaction de McGill

McGill n’entend aucunement plier devant le ministère de l’Éducation. Dans un communiqué paru sur le site web de l’institution, l’Université soutient qu’en maintenant son programme autofinancé, elle permet aux contribuables d’épargner 1,2 million de dollars. De plus, elle offre la possibilité aux étudiants de bénéficier d’un programme de soutien financier équivalent en moyenne à 12 000$ par étudiant. Son objectif étant de travailler dans le meilleur intérêt de ses étudiants et du Québec.

En effet, McGill soutient qu’avec la refonte de son programme,  les usagers profiteront «de meilleures installations, d’un meilleur ratio professeurs-étudiants, d’un corps professoral de haut niveau, de meilleurs services d’orientation et d’une approche pédagogique novatrice». Elle souligne également le fait que les Québécois et Québécoises ont droit à un programme de MBA de calibre international et qu’ils se font un devoir de l’offrir aux étudiants.

Robert Mantha, doyen de la faculté des Sciences de l’Administration de l’Université Laval demeure compréhensif quant à la décision prise par McGill même si cette réforme ne fait pas partie des objectifs de Laval. Différentes universités du Québec, telles que les HEC et l’Université Laval, offrent des programmes de MBA à un coût pouvant parfois atteindre les       75 000$. Ces programmes sont par contre spécialisés et généralement offerts à des cadres.

La problématique se situe dans le fait que McGill a considérablement augmenté ses frais concernant son programme général de MBA. Pour M. Mantha, il est essentiel de fournir l’accessibilité aux étudiants dans ce type d’enseignement. «On ne gagne pas de commencer sa vie avec une dette importante».  Il croit fermement que Laval offre des programmes de qualités et il souligne qu’il peut par contre être difficile de trouver des enseignants qualifiés en raison de la mobilité de ces derniers.

Cette problématique s’explique par le fait que d’autres pays, comme les Etats-Unis, offrent des salaires beaucoup plus élevés puisque les établissements scolaires ne sont pas subventionnés. Le doyen se dit par contre curieux du débat de société engendré par cette nouvelle. «Ces débats doivent avoir lieu. C’est important, intéressant et surtout fondamental dans l’évolution de la société.»