Dimanche soir à Tout le monde en parle, l’homme d’affaires prolifique a déclaré « qu’il n’y avait que deux partis » à l’Assemblée Nationale et que la Coalition avenir Québec allait devenir le troisième. En d’autres mots, M. Frigon vient de se mettre à dos 738 500 électeurs, ou 22,75% des électeurs qui ont utilisé leur droit de vote lors des élections générales de 2008. Bref, c’est 738 500 contre 1.

Il a sous-entendu, devant plus d’un million de téléspectateurs, que près du quart du vote n’a aucun impact sur la scène politique et qu’à toutes fins pratique, ce sont des votes perdus.  J’espère pour M. Frigon qu’il ne se lancera jamais en politique, à moins d’être membre du Sénat fédéral, ce club devenu tristement célèbre pour des déclarations chocs de ses membres (voir Sénateur Pierre-Hughes Boisvenu et son opinion sur la diminution du nombre de chasseurs).

C’est dommage qu’un homme d’affaires aussi influant se permette ce genre de déclaration. Le cynisme envers les élus est déjà suffisamment alimenté par l’opinion publique, qui ne se gêne pas pour dépeindre l’incapacité de nos politiciens à redorer leur blason. M. Frigon a aussi avancé que la CAQ représentait le vrai changement. Voyons donc ! François Legault est un vieux routier de la politique et ne fait qu’apporter des idées lancées par les « vrais » partis (mais aussi les moins vrais).

Hausse des droits de scolarité ; même position que Jean Charest. Abolir les commissions scolaires ; même position que Mario Dumont ex-chef du moins vrai parti, l’Action Démocratique du Québec, qui était possiblement un vrai parti aux yeux de M. Frigon en 2007 lorsqu’il a formé l’opposition officielle.

Et en ce qui concerne ses anciennes allégeances au Parti Québécois, de 1998 à 2005, il y a de quoi se questionner quant à sa réelle distanciation avec les idées qu’il avait alors mis de l’avant en matière d’économie et de santé. Il était même pressenti comme un successeur à l’ex-chef du PQ Bernard Landry.

Et puis de toute façon, comment peut-on parler de vrai changement ? Le vrai, le faux, le bien, le mal, sont tous des concepts que même les plus grands penseurs n’ont jamais réussi à circonscrire. Alors M. Frigon, ne vous improvisez pas bien penseur et ne mettez pas à mal la démocratie, le vrai changement ne saurait se distinguer du faux en politique. Les 738 500 personnes que vous avez balayées du revers de la main hier soir ont certainement des choses à dire et de bonnes idées à proposer. On a mis quelqu’un au monde, faudrait peut-être l’écouter.