Une pétition sera lancée cette semaine au Québec pour demander aux universités de la province du Québec de permettre à leurs étudiants de faire leur stage en régions. Le député de Bonaventure, Sylvain Roy, est l’instigateur du projet.  

En collaboration avec Henri Ouellette-Vézina

Le débat a refait surface il y a quelques jours, quand Cathia-Marie Bujold, une étudiante en enseignement de l’éducation physique et de la santé à Université Laval, s’est vue refuser, par son Département, un stage en Gaspésie, sa région natale. La jeune étudiante a ensuite lancé un cri du cœur sur Facebook dans un message intitulé « Gaspésie, j’ai besoin de toi ».

Le message n’a pas tardé à se rendre aux oreilles de Sylvain Roy, député du Parti Québécois et porte-parole de l’opposition officielle responsable de la région de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine. En entretien avec Impact Campus, celui-ci a vivement dénoncé « une dynamique qui vise à garder les jeunes en ville » de la part de certaines universités québécoises.

« C’est l’enjeu de la démographie et de la mobilité. On a des pénuries de personnel dans toutes les régions du Québec, on a des grandes problématiques démographiques » – Sylvain Roy

Le député demande donc, avec cette pétition, un soutien plus fort des instituts d’enseignement face aux différentes régions du Québec.

À la suite de la forte pression médiatique et sociale, le Département de l’UL a permis à Cathia-Marie Bujold de poursuivre son stage en Gaspésie. Le combat ne s’arrête toutefois pas là pour le député de Bonaventure, qui parle d’une problématique encore plus grande. « Ce n’est pas le seul cas. Actuellement, on reçoit des courriels de gens qui ont vécu la même situation, des étudiants en travail social, en arts, des étudiants à l’UQAM », énumère-t-il.

L’Université Laval réagit

En avant-midi, par voie de communiqué, l’Université Laval a assuré revenir sur sa décision de limiter à la région de la Capitale-Nationale la réalisation de stages en éducation physique, en annonçant officiellement la « réouverture de ces stages qui pourront être faits dans toutes les régions du Québec ».

« Après une analyse de la situation et une évaluation des possibilités, le Département a réussi à trouver des solutions d’encadrement et de supervision à distance lui permettant ainsi de rouvrir les stages en région, et ce, tout en maintenant la qualité de la formation offerte dans ce domaine », assure le vice-doyen aux études de premier cycle à la Faculté des sciences de l’éducation, Jean-François Cardin. Ce dernier note d’ailleurs que la mesure restrictive initiale était temporaire et transitoire, le Département disposant, pour la formation à l’enseignement, « d’un réseau d’écoles associées avec les commissions scolaires » à proximité de Québec.

Ce serait en fait la demande ultime de Cathia-Marie Bujold qui a amené M. Cardin et son équipe administrative à « réévaluer plus rapidement la décision et à trouver des solutions créatives ».

Plus loin que ce changement d’orientation dans un domaine, le député de Bonaventure affirme que les universités doivent mieux accompagner et appuyer les régions dans leur développement. Un sentiment partagé par l’Université Laval, qui travaille déjà dans cette optique. « En matière de stage en région, l’Université Laval a la mission et le devoir d’en offrir dans toutes les régions du Québec. Notre politique est flexible et ouverte, c’est-à-dire que nous permettons et encourageons nos étudiantes et étudiants à réaliser leurs stages dans la région de leur choix », assure la porte-parole de l’UL, Andrée-Anne Stewart.

Elle tient à souligner qu’aucune restriction ou limitation territoriale n’existe dans la totalité des programmes de l’Université. « Le cas des stages au Département d’éducation physique était, jusqu’à aujourd’hui, une exception. Après l’analyse des possibilités logistiques, le Département en éducation physique a réussi à trouver des solutions d’encadrement et de supervision à distance lui permettant ainsi de rouvrir les stages en région », explique la porte-parole. À cet égard d’ailleurs, lors de notre entrevue, Sylvain Roy a souligné que certains enseignants expérimentés en région ne peuvent jouer le rôle de superviseur.

L’enjeu de l’emploi en région interpelle l’Université Laval depuis plusieurs années. Andrée-Anne Stewart souligne le partenariat entre le Service de placement de l’Université Laval (SPLA) et l’organisme Place aux jeunes (PAJR). « On collabore activement avec cet organisme qui facilite la migration et le maintien des diplômés de 18 à 35 ans en région », explique-t-elle.

« Le cas des stages au Département d’éducation physique était, jusqu’à aujourd’hui, l’exception à la règle, confirme. Certaines exigences des organismes, notamment ceux des disciplines en santé, exigeant que le milieu de stage permette à l’étudiant d’être exposé à une variété de situations cliniques ou de clientèles définies, doivent toutefois être prises en considération dans le choix du milieu de stage » – Caroline Senécal, vice-rectrice adjointe aux études

La porte-parole de l’UL affirme qu’en 2017, sur un total de 1961 stages gérés par le SPLA, 862 ont été réalisées à l’extérieur de la région de la Capitale-Nationale.

Retourner à la maison

Pour Cathia-Marie Bujold, retourner en Gaspésie, c’est plus qu’important, c’est essentiel. « La vie est totalement différente entre les régions et la ville. J’ai grandi en Gaspésie, j’ai fréquenté des petites écoles dans lesquelles tous les étudiants et enseignants se connaissent », explique-t-elle. Faire un stage en région est une excellente opportunité pour y dénicher un emploi par la suite, ajoute la future enseignante.

Une pensée partagée par l’homme politique de Bonaventure. Il assure que les jeunes gaspésiennes et gaspésiens désirent revenir chez eux, en forte majorité. « Nos jeunes, ils veulent revenir. Pour les Gaspésiens, le sentiment d’appartenance est très fort. »

Le retour des jeunes en régions est primordial pour sauver certaines municipalités éloignées du Québec. « C’est la jeunesse qui fait l’avenir d’une région, c’est la jeunesse qui rêve le monde, qui ose », conclut Sylvain Roy. Il souligne qu’il déposera la pétition en mars prochain, en assurant que des solutions aux stages en région seront inscrites à la plateforme du Parti Québécois (PQ) lors de prochaines élections provinciales, l’an prochain.