Le 19 mars dernier, de nombreux étudiant(e)s en pharmacie de l’UL et de l’UDeM ont manifesté dans les rues de Montréal pour dénoncer la crise politique qui paralyse actuellement leur formation en stage. Portrait du dommage collatéral d’un conflit opposant le gouvernement et les pharmaciens, menaçant la diplomation des étudiants dans le domaine.

Tout a commencé en 2015 lorsque le ministère de la Santé et des Services sociaux a entamé des coupures de l’ordre de 400 M $ du côté des pharmacies. Pour absorber les compressions financières, plusieurs pharmaciens maîtres de stage ont alors décidé de cesser l’encadrement d’étudiants universitaires.

Puis, en novembre 2016, en guise de moyen de pression face aux compressions budgétaires toujours grandissantes, certains membres de l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP) ont cessé toute supervision de stages, créant une pénurie assez alarmante dans le secteur.

Les stages représentent en effet une part importante des études en pharmacie. Un quart de la formation y est consacré, à savoir 1600 heures de stage autant en pharmacies de quartier qu’en pharmacies d’établissement de santé. « Il s’agit là d’une norme canadienne obligatoire pour l’obtention du diplôme », explique le président de l’Association générale des étudiants en pharmacie (AGEP), Raphaël Gagnon-Paradis.

Bien que la Faculté puisse actuellement moduler la manière de réaliser les stages afin d’accommoder la relève, tout étudiant en pharmacie doit réaliser le nombre d’heures de stage demandé, et ce, tout au long du programme.

Comble de malheur, la grève du Syndicat des employé(e)s de l’UL (SEUL) qui paralyse actuellement le campus aggrave la situation. Privés de leurs employés administratifs, les cadres de la Faculté de pharmacie peinent à attribuer convenablement le peu de stages restants à leurs étudiants. « On a un conflit de travail qui vient compliquer la situation », admet le doyen de la Faculté de pharmacie de l’UL, Jean Lefebvre.

Dénouer l’impasse

Devant une telle pénurie, les étudiants en pharmacie de l’UL ont vite mis en branle diverses actions politiques pour favoriser une entente entre les acteurs concernés. En plus de la manifestation organisée à Montréal en collaboration avec les étudiants en pharmacie de l’Université de Montréal, ils ont envoyé près de 800 lettres aux députés, ont rencontré le ministre Gaétan Barrette et ont fait un point de presse à l’Assemblée nationale en compagnie des députés péquistes Alexandre Cloutier et Dave Turcotte.

Malgré leurs efforts, une résolution du conflit à court terme ne semble pas envisageable. « Honnêtement, il y a un découragement. On a l’impression d’avoir poussé notre dossier au maximum, lance Raphaël Gagnon-Paradis. Les acteurs concernés restent campés dans leur position respective. »

Comme le conflit entre les pharmaciens et le gouvernement concerne plusieurs litiges à la fois, une solution définitive est difficile à négocier. « On ne sait pas ce qui va pouvoir conduire à une solution du conflit. Donc, même si on fait des gains, on ne sait pas si ce sont les gains qu’ils voulaient », poursuit-il.

La qualité de la formation mise à mal

L’offre de stages ayant fortement diminué, la Faculté de pharmacie n’est plus à même de sélectionner les meilleurs stages pour ses étudiants. L’administration doit se résigner à accepter la plupart des offres qui sont fournies, et ce, qu’elles soient bonnes ou moins bonnes.

S’il fait confiance au professionnalisme des pharmaciens qui supervisent les étudiants en stage, le doyen demeure préoccupé. « C’est sûr que l’encadrement peut en souffrir et on est bien conscients de cela », lance-t-il.

Quant à savoir si l’inscription à la Faculté de pharmacie a diminué depuis la crise actuelle, M. Levebvre reste prudent. Bien que les demandes d’admission aient été moins nombreuses cette année, elles demeurent largement au-dessus de l’offre facultaire. « En règle générale, on conçoit énormément de [demandes d’admission]. On reçoit 10 demandes pour une admission », explique-t-il.

Reprise des discussions

Une rencontre entre les principaux acteurs a eu lieu lundi au cours de laquelle il a été question de mesures à long terme.

« Il faut s’assurer que la formation des étudiants en pharmacie se fasse de manière plus pérenne et moins soumise aux aléas de ces conflits », conclut M. Lefebvre.