Il y a quelques semaines, le ministre des Finances Nicolas Marceau exposait le budget de son gouvernement pour l’année à venir. Mais si l’on en croit Philippe Hurteau, politologue à l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques ( IRIS ), institut qui affiche ouvertement son biais socialiste dans ses analyses, ledit budget aurait facilement pu être écrit par le PLQ ou la CAQ. Il serait empreint du même discours alarmiste qui semble dominer au niveau mondial. 

Pier-Guy Veer

Cet alarmisme, selon M. Hurteau, c’est l’endettement public qui augmente et le manque de moyens pour payer les services publics. « La seule alternative, selon les dirigeants politiques, c’est l’austérité, la défiscalisation, affirme le chercheur. Nous devons faire face aux vérités économiques et accepter l’austérité budgétaire, sans quoi nous sommes irresponsables. C’est ce que le budget Marceau reflète. »

Dans le budget, il est prévu que l’équilibre budgétaire soit atteint à l’exercice financier 2013-2014, « même si on a oublié de prendre en compte les frais entourant la fermeture de Gentilly-II », mentionne-t-il. Le tout sera fait par un contrôle des dépenses plafonné à 1,9 %, sauf en santé, en éducation et en culture.

Bien que M. Hurteau admette qu’il n’est pas raisonnable de toujours maintenir un déficit, les coupures qui risquent de survenir vont diminuer la capacité des ministères affectés à agir efficacement. Par ailleurs, il questionne le bien-fondé de la création de nouvelles places en garderie en 2016, soit après une prochaine élection…

Il prétend qu’une partie des problèmes budgétaires seraient survenue durant la dernière décennie. En effet, les diminutions d’impôts ont privé de six à dix milliards $ de revenus, auxquels les gouvernements avaient visiblement droit, soutient-il.

Du compromis à la facilitation 

Cette mentalité de désinvestissement de l’État remonte à environ une trentaine d’années, ajoute M. Hurteau. « Avant, l’État keynésien visait une sorte de compromis entre la croissance des salaires, des profits et de la fiscalité, raconte le politologue. C’était la logique de Henry Ford : les gens doivent gagner assez pour consommer les produits.»

« Mais dans les années 80, le gouvernement est devenu le problème, poursuit-il. L’État devait désormais laisser tomber les compromis et embrasser le néolibéralisme. L’État devenait donc facilitateur, en laissant le développement au secteur privé et en lui facilitant la vie en intervenant dans les conf lits de travail, comme le fait le gouvernement Harper. »

« C’est également un État distributeur, qui crée les occasions d’affaire quand le privé ne peut le faire. Le tout est fait dans un réf lexe marchand – l’investissement rapporte plus que les couts –, réf lexe que le gouvernement veut inculquer à la population. Ainsi, un étudiant ne devrait pas avoir peur de s’endetter s’il pourra rembourser ses études dans le futur. »

« Enfin, l’État néolibéral est aussi un État sécuritaire. Il réprime et limite l’organisation des groupes, comme on l’a vu au printemps avec les étudiants, afin de maintenir des formes traditionnelles de défense pour que la société fonctionne », s’imagine-t-il.