L’équipe de surveillance des interventions policières ( ÉSIP ) a publié jeudi dernier son rapport final du travail policier au printemps dernier. L’ÉSIP y dénonce des problèmes d’« identification des forces policières », du « profilage politique » et l’utilisation de force excessive.

Raphaël Létourneau 

Le rapport de l’ÉSIP relève que les forces policières « n’étaient pas identifiables » dans la « vaste majorité des évènements » du printemps dernier, alors que les numéros de matricule des agents auraient été dissimulés. « De nombreux membres de l’équipe ont tenté, à divers moments de la grève, d’obtenir une identification verbale de la part des policiers et policières en devoir. Nos demandes se sont soldées, dans environ 90 % des occasions, par des sourires narquois, des visages de glace ou des remarques cinglantes », peut-on lire dans le document.

L’ÉSIP conclut que ce phénomène est un système « servant l’impunité policière». « Le problème nous semble aussi systémique, puisqu’il ne peut être le fruit que de l’acceptation de ce comportement par les supérieurs ou de leur aveuglement volontaire à ce sujet ».

Les agents du Service de police de la ville de Montréal ( SPVM ) seraient les plus fautifs selon l’ÉSIP. Joint par Impact Campus, le SPVM a dit préférer prendre le temps de lire le rapport de l’ESIP avant de commenter.

Profilage politique 

L’ESIP fait également mention de profilage politique. Le cas du Grand prix de F1, dénoncé par des journalistes du Devoir, est identifié, mais il ne s’agirait « que d’un incident parmi des centaines, voire des milliers ». Le SPVM avait alors procédé à 34 arrestations et fouillés des dizaines de personnes qui manifestaient à proximité du site de la course.

Selon l’ÉSIP, le profilage politique aurait souvent pris la forme de fouilles sans mention de motifs raisonnables, des arrestations injustifiées ou l’utilisation d’une force abusive entrainant parfois des blessures graves. « Plusieurs membres de l’ÉSIP ont senti que le mouvement s’est transformé, dans la rue, en une sorte de bataille éternelle où les forces policières semblaient parfois plus enclines à “taper du manifestant” qu’à assurer le respect des droits de la population – y compris le droit d’expression », résume les observations finales du rapport. D’autres anomalies seraient remarquées par l’ÉSIP comme : la saisi d’appareils électroniques ayant servi à capter certaines interventions policières, un encadrement parfois étroit des journalistes, des passants non-manifestants violentés et des avis de dispersion difficile à distinguer.

L’ÉSIP demande en fin de rapport la tenue d’une enquête publique sur le travail des policiers. « La relation de confiance, s’il en existait une, entre les corps policiers et une partie de la population a été brisée à la suite de gestes, de paroles et d’attitudes inacceptables. Il est impératif que la lumière soit faite sur les agissements des forces policières. Une enquête publique, qui ne soit pas menée par des policier. ère.s, nous semble être une demande tout à fait raisonnable considérant les conclusions auxquelles nous arrivons ».

L’ÉSIP est une initiative d’étudiants en droit de l’Université du Québec à Montréal ( UQÀM ) qui se sont donné le mandat de « surveiller les interventions du Service de Police de la Ville de Montréal ( SPVM ) et autres corps policiers qui interviennent lors des manifestations et actions du mouvement étudiant ». Le rapport final de l’ÉSIP met en contexte chronologique 17 manifestations où des abus policiers auraient été commis.

Rapport final ici : http://esipuqam.wordpress.com/2012/11/08/rapport-final-esip/