Dans le cadre du projet où sortir sans limites de l’Association des personnes avec une déficience de l’audition (APDA), plusieurs données démontrent les difficultés que rencontrent les personnes malentendantes dans leur quotidien. Avec l’objectif d’illustrer cette réalité, Impact Campus s’est entretenu avec Ariane Millette, étudiante à l’Université Laval, qui vit avec une déficience auditive depuis la naissance.

Née en Ontario, Ariane a réalisé un baccalauréat en lettres françaises à l’Université d’Ottawa. Elle a maintenant terminé un certificat à l’Université Laval et elle entamera une maitrise en traduction et terminologie à Québec. Même si elle affirme bien vivre avec son handicap, elle avoue devoir relever plusieurs défis au quotidien.

Lors de sa deuxième année à l’Université d’Ottawa, l’étudiante explique qu’elle a commencé à rencontrer certains problèmes en raison du manque d’appuis visuels dans les cours universitaires.

«C’était vraiment des cours verbaux. Ça me causait des problèmes, parce que ce n’est pas juste que je n’entends pas assez fort, c’est que des fois je peux confondre des mots. J’ai beaucoup d’anxiété par rapport à ça», témoigne-t-elle.

Maintenant, grâce à une lettre d’accommodation qui oblige ses professeurs à rester à l’avant et à regarder la classe lorsqu’ils parlent, la situation s’est grandement améliorée. Ariane affirme aussi avoir toujours obtenu une belle ouverture de ses professeurs.

D’autres enjeux peuvent aussi compliquer son quotidien. Par exemple, elle explique que les sons ambiants, comme le bruit d’une chaise, ou la grandeur d’une salle de classe peuvent la déranger. L’étudiante raconte donc qu’elle se fatigue rapidement considérant toute la concentration qu’elle utilise durant ses trois heures de cours. De plus, les travaux d’équipe peuvent aussi devenir problématiques lorsque le nombre de coéquipiers dépasse quatre étudiants, ajoute-t-elle.

Rêvant de devenir écrivaine, Ariane est une femme très positive et elle affirme n’avoir jamais vécu de situation problématique avec d’autres étudiants ou des membres du corps professoral.

À l’Université Laval, des données du Centre d’aide aux étudiants confirment qu’il y avait, en 2017-2018, 41 étudiantes et étudiants vivant avec une déficience auditive.

Des enjeux à mettre de l’avant

Lors de l’entrevue, la Franco-ontarienne évoque certains enjeux qui mériteraient d’être améliorés.

Pour une étudiante originaire d’une autre province, le programme qui permet d’avoir un preneur de notes est très complexe puisque c’est l’aide financière de la province en question qui doit financer le tout. «Moi je n’ai pas eu de preneur de notes, mais je n’en ai pas eu besoin, une chance», nous dit-elle en ajoutant qu’un fonds devrait être mis sur pied pour les gens qui ne peuvent toucher l’aide financière de leur province.

Elle ajoute aussi que la participation à certaines conférences ou assemblées peut devenir compliquée. Ariane estime qu’il devrait y avoir un onglet où il serait possible de «mentionner ton handicap, tes besoins et qu’ils te répondent s’ils peuvent t’accommoder ou non.»

Pour elle, l’enjeu des prêts et bourses est majeur. Pour les étudiants avec une déficience auditive, il faut une perte de l’audition de 70 décibels dans la meilleure oreille pour être considéré à temps plein sans être inscrit à 12 crédits.  Ariane Millette désire débattre de cette situation puisqu’elle ne rentre pas dans ce cadre gouvernemental, mais que son parcours universitaire demeure «quand même difficile» et qu’elle aimerait parfois réduire sa charge d’études sans toutefois perdre son statut d’étudiante à temps plein.

Où sortir sans limites ? 

Réalisé par Kim Auclair, membre du comité d’accessibilité de l’APDA, le rapport Où sortir sans limites ? illustre les obstacles journaliers pour les personnes malentendantes. Il évoque aussi les services publics qui sont le moins sensibilités.

D’après les résultats obtenus, les salles de spectacles obtiennent le premier rang, suivies de près par les établissements de santé. Le cinéma, le transport en commun et les restaurants figurent aussi au sommet des endroits difficiles d’accès.

«Les résultats du sondage témoignent de plusieurs exemples, tels des médecins qui refusent que les interprètes accompagnent le patient dans la salle d’examen, ceux qui crient l’appel de noms plutôt que venir chercher la personne comme demandé. Dans cette dernière situation, un malen­tendant s’est vu répondre  « vous n’avez qu’à vous forcer « après avoir réclamé d’être averti en personne lorsque ce serait son tour», souligne le rapport.

Le rapport évoque aussi plusieurs conclusions pour permettre aux malentendants d’exprimer leurs limitations invisibles. On y évoque, par exemple, l’ajout d’écran avec des numéros associés à des noms dans les salles d’attente, augmenter le nombre de chaînes à la télévision avec du sous-titrage et, finalement, mieux sensibiliser le personnel qui travaille au quotidien avec le public.

«Tu sens comme si tu n’appartenais pas à cette catégorie-là (handicapés.) C’est plus la société qui nous handicape parce qu’ils ne vont pas prendre le temps de bien prononcées les mots et parfois même les gens se tannent quand on fait répéter», témoigne Ariane Millette lors de notre entretien.

L’organisme a aussi lancé un site web permettant aux personnes vivant une déficience auditive de trouver des lieux accessibles, comme un restaurant avec une section où le bruit est moins fort.