Joyce Echaquan, une femme autochtone, est décédée à l’hôpital de Joliette, le 28 septembre dernier, dans des circonstances tragiques. Le #JusticePour Joyce voit le jour sur les réseaux sociaux relayant plus de 4 000 mentions mardi en soirée. À la suite de cette annonce, le Regroupement des centres d’amitié autochtones du Québec (RCAAQ) se demande qui assure le respect des droits et des dignités des populations autochtones au sein du système public québécois. 

Par Léonie Faucher, rédactrice en chef

C’est lundi que la femme de la communauté de Manawan partage une vidéo en direct sur Facebook. Durant les sept minutes de cette vidéo, elle demandait de l’aide avant de mourir. Elle criait : « Venez me chercher. Quelqu’un… venez me chercher ». En effet, jeudi dernier, la mère de sept enfants s’est rendue à l’hôpital de Joliette pour des douleurs à l’estomac. Le 28 septembre, attachée à sa civière, elle lance la vidéo en direct durant laquelle des infirmières s’approchent pour s’occuper de la patiente. Cependant, des propos insultants suivent rapidement. Les propos, captés par vidéo, qu’ont tenus certains infirmiers.ères du Centre intégré de santé et de services sociaux de Lanaudière à Joliette démontrent clairement du racisme envers les Premières Nations selon le Conseil des Atikamekw de Manawan.

« Esti d’épaisse de tabarnouche. […] Hey, t’es épaisse en câlisse », lance une infirmière.

« T’as fait des mauvais choix, ma belle. Qu’est-ce qui penseraient, tes enfants, de te voir comme ça ? […] C’est meilleur pour fourrer qu’autre chose », poursuit-elle.

Le racisme systémique, toujours présent

Dans un communiqué de presse, le RCAAQ rappelle que cet évènement n’est pas le premier. Malheureusement, il s’ajoute aux nombreuses tragédies  survenues, dans les dernières années, concernant les Autochtones au sein des services publics québécois.

« Dans les services policiers, les hôpitaux, les services de protection à la jeunesse et les tribunaux, le racisme a été, à maintes reprises, documenté dans des rapports et des Commissions. Les nombreux cas survenus au cours des dernières années ainsi que les nombreux témoignages entendus nous permettent malheureusement d’affirmer que les Autochtones, principalement les femmes, ont raison de ne pas se sentir en confiance lorsque vient le temps de mettre leur vie et leur santé, ainsi que celle de leur famille, entre les mains des services publics québécois. » – Flore Bibeau, conseillère en communication RCAAQ

Le rapport de la Commission Viens

Le rapport de la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec approche son premier anniversaire de dépôt. Une année n’avait pas le pouvoir d’enrayer les 150 années de politiques d’assimilation et de colonialisme. Cependant, Flore Bibeau s’attendait à des changements plus prometteurs au niveau des services publics.

« Un changement radical est réclamé. Les Autochtones ne sont pas en sécurité dans le système public québécois. En espérant que les autorités concernées lèvent le voile sur ce drame et qu’on ne tentera pas de protéger les personnes responsables comme cela a été vu dans le passé dans des dossiers impliquant des victimes autochtones. » – Philippe Meilleur, président du RCAAQ.

Finalement, les réactions se multiplient suite à la publication de la vidéo des derniers instants de Joyce Echaquan. En soirée le 29 septembre, le #JusticePour Joyce représente sur les réseaux sociaux plus de 4 000 publications.

Mardi soir, plusieurs ont apporté du soutien aux proches de Joyce Echaquan. Des rassemblements pacifiques regroupant différentes communautés du Québec ont eu lieu autour de vigiles. De plus, les milliers de publications Facebook expriment colère et incompréhension face au racisme systémique subit.

D’ailleurs, le premier ministre François Legault a indiqué, mardi en point de presse au Parlement « ⌈…⌋ qu’il y a du racisme au Québec [et qu’il] faut combattre ce racisme. L’infirmière, ce qu’elle a dit, c’est totalement inacceptable. C’est raciste, elle a été congédiée. »