C’est armé de son micro que le militant Yves Bonnardel a prononcé une conférence sur le concept de spécisme le 17 octobre dernier. Un véritable plaidoyer contre la domination et l’exploitation animale qui s’inscrit dans les nombreuses activités offertes par l’Association végétarienne et végétalienne (AVÉGÉ) de l’Université Laval.

Figure importante du militantisme égalitaire et libertaire en Europe, Yves Bonnardel est surtout connu pour son combat sans cesse renouvelé contre le spécisme. Étymologiquement, ce terme est « construit par analogie avec le racisme et le sexisme », explique M. Bonnardel. Le terme désigne ainsi à la fois « la discrimination arbitraire fondée sur l’espèce », comme peut l’être la discrimination fondée sur la race ou le sexe, ainsi que la sphère idéologique omniprésente qui cautionne l’exploitation et la domination animale.

Pourtant, lui rétorque-t-on souvent, n’y a-t-il pas entre l’homme et l’animal un fossé infranchissable distinct du rapport entre l’homme et la femme ou de celui entre les personnes de différentes nationalités? « À partir du moment où ils [les animaux] sont des êtres sensibles, indépendamment du fait qu’ils soient proches de lui [l’humain] ou pas, on a à tenir compte de leurs intérêts. Il n’y a pas de raison à ne pas en tenir compte », répond le militant européen. Il précise d’ailleurs que le dit fossé rétrécit à mesure que les recherches mettent en lumière une parenté significative entre l’animal et l’homme.

Un enjeu générationnel ?

Il s’agit d’un mouvement qui, selon lui, interpelle davantage la jeunesse. « C’est clair que les jeunes en général sont bien plus sensibles à la question animale et plus prêts à remettre en question leurs certitudes », lance-t-il. L’exploitation animale, sans commune mesure avec l’oppression humaine, de par son intensité et le nombre d’individus concernés, serait moins cautionnée par « les gens dans les nouvelles générations que dans les générations antérieures », poursuit-il.

De plus, Yves Bonnardel est d’avis que les jeunes, de nos jours, sont plus intéressés par les questions de fond en philosophie morale. C’est d’ailleurs pourquoi l’éthique est le moyen qu’il juge le plus efficace pour tenter de modifier les pratiques alimentaires et les modes de vie. « Parler d’écologie et de santé a très peu d’effets sur les changements de consommation des gens », soutient-il.

Des étudiants bien aux faits

Si l’antispécisme peut en froisser quelques-uns, ce n’est certainement pas le cas des membres de l’AVÉGÉ. Instigatrice de la conférence, l’association rassemble « toute personne qui s’intéresse au végétarisme, végétalisme ou véganisme en général, explique la présidente du groupe, Myriam Landry. Ça peut être autant des militants végans que des personnes qui mangent encore de la viande, mais qui s’intéressent au sujet ».

Cette année, l’association a pour mandat de sensibiliser la population étudiante au sujet de l’alimentation végétarienne et le mode de vie qui en émane, et ce, via les trois volets que sont l’environnement, la santé et l’éthique animale.

C’est d’ailleurs pour promouvoir la réflexion autour de ce troisième volet que l’AVÉGÉ a invité Yves Bonnardel. Une nouvelle éthique animale à laquelle n’est pas étrangère Myriam Landry, qui avoue avoir été convaincue de devenir végétalienne par l’entremise de cet argument, et ce, « même si les autres arguments sont très valides et importants », précise-t-elle. Un enjeu moral qui, selon elle, n’est pas suffisamment traité en éducation, notamment dans les cours de philosophie collégiaux.

L’offre alimentaire de l’UL décriée

Si la réception est bonne chez certains étudiants, l’équipe de l’AVÉGÉ déplore pour sa part le manque d’engagement de la part de l’Université Laval concernant l’offre alimentaire sur le campus. Une situation qui touche principalement les végétaliens et végétaliennes. « Souvent, on va voir des repas qui seraient parfaitement végétaliens et acceptables pour tout le monde […] sauf qu’ils ont mis un petit peu de mayonnaise qui contient des œufs. Ce sont des repas qui seraient faciles à transformer pour qu’ils conviennent à tous, mais ce n’est pas le cas », explique l’étudiante en nutrition.

L’AVÉGÉ travaille actuellement à la création d’un dépliant pour informer les étudiants au sujet des offres végétariennes et végétaliennes sur le campus. L’association espère qu’en exposant ainsi l’état des lieux, cela incitera les différents fournisseurs alimentaires à améliorer leur offre.