«Ça faisait longtemps qu’on voulait travailler ensemble», lance d’entrée de jeu Mélanie Demers au sujet de Laïla Diallo, l’acolyte avec qui elle signe la chorégraphie et l’interprétation de Sauver sa peau. Jointe par téléphone à Paris, Mélanie Demers raconte que les deux jeunes femmes se sont connues à l’adolescence, alors qu’elles faisaient leurs classes à l’École de Danse de Québec. Depuis, elles sont amies. «Mais Laïla était à Londres et moi, à Montréal, donc c’était assez difficile de se rejoindre», explique-t-elle.

Lorsque les deux copines ont enfin pris le temps de travailler ensemble, une seule thématique s’imposait, celle de l’identité : «Nous sommes toutes les deux des métisses, c’est ce qui nous définit de l’extérieur», avance la jeune femme, qui avoue d’ailleurs avoir souffert de «petits traumatismes» par rapport à sa peau. «Ma mère était blanche, je voulais être comme ma mère, mais j’étais différente», confie-t-elle.

Pour exposer cette quête de l’identité, les deux femmes ont fait de la recherche, écrit et beaucoup discuté afin d’exprimer pleinement la thématique choisie et ce, pas toujours sans confrontation. «Laïla est plus harmonieuse de naviguer dans ce problème-là, explique Mélanie Demers. Moi, je suis plus en rupture, abrupte, je suis déchirante et déchirée».

Le processus de création a finalement abouti en une expérience assez théâtrale qui, espère la chorégraphe, devrait émouvoir et faire réfléchir. «On ne fait pas de l’art démagogique, on ne veut pas donner de leçons. On veut toucher le cœur et la tête… Élever les âmes», souhaite celle qui est reconnue pour son art engagé. 

Prise deux?
Créé entre le Kenya, le Canada et l’Angleterre, Sauver sa peau a été présenté à Montréal, en Grande-Bretagne, en Italie et à Paris, devant des salles combles. Après un tel succès, pourrait-on revoir les deux amies travailler ensemble de nouveau? «On n’en a pas parlé vraiment, laisse échapper Mélanie Demers. On a des projets chacunes de notre côté, mais ce ne serait pas impossible!»