Nicolas Charette fait son entrée en littérature par la grande porte. Son premier recueil de nouvelles, Jour de chance, vient d’être ajouté au catalogue des Éditions du Boréal. Impact Campus a autopsié cet album de photos parfois troublantes.

Jour de chance, c’est 16 nouvelles inégales, par moments extraordinaires, parfois incomplètes. Des personnages tous un peu paumés et en marge de la société évoluent dans les différentes histoires: un joueur compulsif, une veuve, un alcoolique, un ex-petit ami, un couple fragile, un adolescent en pleine mutation, un orphelin, et bien d’autres encore. Ça sent le stéréotype, quelquefois, puis, voilà que l’on tourne la page et que la transcendance tant attendue survient enfin.

Il y a de très belles pièces de littérature dans Jour de chance. Il faut toutefois savoir s’armer de patience. Le recueil possède son lot de clichés et de phrases précipitées. Rien de bien grave, tout de même. Nicolas Charette écrit bien, que cela soit dit. Certaines nouvelles légitiment à elles seules la présence de ce recueil sur les tablettes des librairies. «Trou de mémoire», par exemple, qui raconte le réveil douloureux sur le terre-plein d’une autoroute d’un homme avec des problèmes d’alcool, ou encore «Un pays libre», qui met en scène un congressiste qui n’a jamais vu la mer et qui erre dans les rues de San Francisco à la recherche de sa vérité. Le désarroi des personnages transpire à travers les phrases lourdes et belles.

L’auteur ne conclut pas toujours. Et c’est bien ainsi. On nous annonce en quatrième de couverture que Nicolas Charette «se révèle un subtil observateur de la condition humaine»; les portraits de personnages typés qu’il offre aux lecteurs viennent le confirmer. Le recueil se contente peut-être un peu trop de dire l’image, sans la rendre vivante; il n’en reste pas moins que l’image en question est vraie, crédible. La dernière nouvelle donne son titre au recueil. «Jour de chance», c’est l’histoire d’un commis de dépanneur qui changera peut-être de vie, ou peut-être pas. L’indécision finale, le flou dans lequel l’auteur laisse nager le lecteur, est la plus belle fin que l’on pouvait imaginer pour l’ensemble : cette littérature est à l’image de la vie, où tout ne s’arrange pas en claquant des doigts.

Nicolas Charette n’est pas loin d’avoir trouvé sa voix. Ça se remarque d’ailleurs dans les différents types de narration : de manière générale, les nouvelles racontées au «je» sont les mieux réussies du recueil. Il ne nous reste qu’à surveiller attentivement ses prochaines parutions. Dire qu’il s’agit d’un jeune auteur prometteur relève peut-être du cliché, mais Jour de chance ne nous apprend-t-il pas, entre autres choses, que le cliché peut parfois être le point de départ de quelque chose de bien ?