Natar Ungalaaq joue Tiivii, un chasseur de la terre de Baffin dont la famille est

atteinte de tuberculose.

PHOTO: François-Xavier Boulanger-Nadeau

 Rencontré quelques minutes avant la première de son film, jeudi dernier, M. Pilon affirme qu’il était lui-même peu renseigné sur la culture inuit avant d’entreprendre cette réalisation. C’est d’ailleurs une des raisons qui l’ont poussé à travailler sur ce projet. «J’ai été touché par ce pan d’histoire des Inuits que l’on ne connaît pas du tout. Je me suis dit qu’il était important que l’on raconte cette histoire-là», confie-t-il.

Cette découverte s’est enrichie davantage en cours de tournage avec l’acteur incarnant le personnage principal, Natar Ungalaaq, un homme pour qui le réalisateur a beaucoup d’estime. En effet, celui-ci a énormément en commun avec Tiivii, le protagoniste de l’histoire : tous deux partagent le même environnement culturel et leurs familles ont dû affronter la tuberculose.

Avec son premier long métrage de fiction, M. Pilon ne s’éloigne pas beaucoup de la vérité. Dans Ce qu’il faut pour vivre, il livre le récit simple et honnête d’un drame personnel très touchant.

Solitude dans l’adversité
Au début des années 50, à son passage dans le Grand Nord, le bateau clinique C.D. Howe bouleverse la vie des familles inuits affligées par une épidémie de tuberculose. Les malades sont forcés de quitter leur terre pour être soignés dans les villes du sud. Dans un sanatorium de Québec, Tiivii, un chasseur de la terre de Baffin, apeuré, tel un enfant, affronte l’inconnu et la solitude. Alors qu’il s’enfonce, son infirmière, Carole, et Kaki, un jeune Inuit bilingue, lui redonnent espoir et courage.
Un film sans artifice ni excès dramatique. D’un calme angoissant. Un calme qui masque le déchirement du déraciné. Mais la parole est inutile. Le sentiment s’exprime autrement dans ce contexte, une figure solitaire traversant un paysage glacé, un regard, un chant. Ce qu’il faut pour vivre plante dans notre esprit une multitude de questions, mais comme le portrait fidèle de la vie qu’il dépeint, nous abandonne au soin d’en résoudre l’énigme.

 

Louis Fortier offre avec Notre Hamlet un judicieux mélange de mise en scène

et d’improvisation.

Photo: françois-xavier boulanger-nadeau

C’est un Louis Fortier impatient de présenter au public sa nouvelle version de Notre Hamlet, pièce jouée à Premier Acte du 23 au 27 septembre (supplémentaire le 28 septembre), qu’Impact Campus a rencontré quelques jours avant le début des représentations.

 

Notre Hamlet présente l’histoire de huit comédiennes réelles qui, sous la direction de Louis Fortier, décident de créer les personnages fictifs de huit femmes, âgées entre 33 et 83 ans, venant d’un peu partout dans le monde, qui se sont rencontrées dans le cours de théâtre de Robert Pantalon (Louis Fortier). Après plusieurs années d’activités théâtrales, ces femmes, torturées par la vie, montrent le désir de s’ancrer dans une pièce qui les fera évoluer. «Comme chacune de ces femmes porte en elle une part de tragédie, Robert Pantalon décide de leur faire jouer Hamlet de Shakespeare», explique Louis Fortier.

Jusqu’ici, tout semble mis en place pour une pièce de théâtre traditionnelle avec personnages, fiction et mise en scène. Toutefois, le personnage de Pantalon vient bousculer l’univers théâtral dans lequel le spectateur est confortablement habitué de vivre, pour le faire interagir. «Parce qu’on peut toujours faire mieux», Pantalon, assis à la première rangée, arrête les comédiennes, leur donne ses commentaires.

Le public est donc confronté à un mélange entre fiction et réalité, mise en scène et improvisation . «Il y a ces deux niveaux de lecture. Le public assiste en direct à ce que l’on voit jamais au théâtre ou presque, c’est à dire à des comédiennes en train de travailler pour vrai de vrai. Mes interventions ne sont pas prévues», soutient Louis Fortier.
Le metteur en scène marque aussi son théâtre par l’exploitation du masque, élément traditionnel, mais très peu usité au Québec. Par l’utilisation du masque, Fortier tend à provoquer un engagement émotionnel total de la part des comédiennes pour leur faire explorer le jeu et y trouver une vérité. C’est dans un décor minimaliste, composé essentiellement de masques (Amleto Sartori et Denis Durand), de costumes (Ginette Grenier), de musique (Louis Sédillot) et de lumière (Tina Paquet), qu’évolueront ces personnages pour nous faire croire en leur «théâtre non-réaliste, mais ancré dans la plus grande sincérité».