Dans son premier roman, Du bon usage des étoiles, Dominique Fortier aborde l’expédition britannique dirigée par sir John Franklin, en 1845, envoyé découvrir le passage du Nord-Ouest. Une première pour une auteure québécoise.

Depuis le XVe siècle, la navigation du passage du Nord-Ouest est envisagée comme un enjeu économique important. Pendant plusieurs siècles, des expéditions partant d’Europe et d’ailleurs ont tenté de forcer un chemin au travers des glaces dans le but de trouver une voie commerciale plus rapide entre l’Europe et l’Extrême Orient. Pour la première fois en 2007, dû au réchauffement climatique, la voie est ouverte à la navigation. Il va de soi que le sujet de la souveraineté de ces eaux est un débat chaud de l’heure. C’est dans ce contexte qu’Alto publie ce nouveau roman.

«Le soleil brillait en ce 19 mai 1845 alors que l’Erebus et le Terror s’apprêtaient à appareiller de Greenhithe…» Ainsi s’amorce le récit. La foule amassée sur les quais voit comme un heureux présage une colombe venue se poser sur le mât du navire. Mais à peine le bateau a-t-il quitté le port que l’oiseau tombe sur le pont, sans vie. Voilà qui laisse entrevoir de ce qui suivra. L’expédition, sous le commandement de sir John Franklin, part avec 133 hommes à bord, chargée d’assez de vivres pour survivre trois ans dans l’Arctique. Les explorateurs n’ont pas encore traversé l’océan qu’ils se voient déjà revenir en héros, ayant renforcé le pouvoir de l’Angleterre sur le reste du monde par l’accomplissement de leur mission. Mais leurs vaisseaux se prendront dans les glaces, infligeant à ses occupants le gel, la famine, la maladie et la solitude. Au travers du récit, Fortier pointe du doigt l’arrogance des protagonistes, qui croient fermement en la suprématie de leur civilisation sur les peuples autochtones et sur la nature. Pendant la descente aux enfers des navigateurs prisonniers des glaces, à Londres, Lady Jane, l’épouse de Franklin, multiplie les soirées mondaines durant lesquelles sont présentés les tissus, les thés, les épices et autant d’articles provenant des échanges avec l’Asie, clins d’oeil à l’objectif commercial des expéditions de l’Erebus et du Terror.

Le tout est livré sous la forme d’un grand pot pourri de genres, dans lequel se mélangent le roman, le journal, l’histoire, la poésie, le théâtre, le traité scientifique et même la recette du plum-pudding. Cela se veut intéressant, mais brise quelques fois le rythme de la lecture et donne un aspect un peu décousu au texte. Toujours est-il que la lecture demeure divertissante et enrichissante. Il faut aussi souligner la richesse des images décrites qui nous transporte momentanément dans un univers peu connu.

Dominique Fortier est diplômée en études littéraires de l’Université McGill. Elle est maintenant réviseure, traductrice et éditrice. Elle a traduit bon nombre d’œuvres littéraires et scientifiques traitant entre autres de politique, de linguistique et de botanique. L’idée de ce roman lui est venue en regardant un documentaire. Elle s’est finalement basée sur des recherches et sur son imaginaire pour construire l’histoire de Du bon usage des étoiles.