À Québec, on connaît Daniel Danis pour ses textes à l’intense charge poétique, dont Le
langue-à-langue des chiens de roches, Cendres de cailloux et Terre Océane, présentés au cours des dernières saisons. Avec Kiwi, sa nouvelle création, ce résident du Saguenay (et habitué des planches françaises) ne délaisse pas son rôle d’auteur, mais renoue avec la scène pour concevoir une représentation théâtrale qui doit beaucoup aux arts médiatiques. Car Kiwi, c’est en quelque sorte un film live : les acteurs, cachés derrière un écran de papier, sont plongés dans le noir. Une caméra infrarouge les filme de près et leurs visages, leurs mains sont retransmis sur l’écran auquel les spectateurs sont confrontés durant les 60 minutes du spectacle.

Rejoint à Montréal, où il présentait La trilogie des flous, un projet de performance poétique multidisciplinaire (l’intérêt pour les arts électroniques est florissant), Daniel Danis raconte la genèse du projet : «Après un temps de travail d’écriture de 15 ans, j’ai senti le besoin de reprendre en main le vocabulaire des arts visuels. […] J’ai voulu retourner à la scène pour re-stimuler mon travail. Avec les années de métier, on a peur de toujours écrire les mêmes œuvres…»

Théâtre-film
C’est en 2003, invité par la Ferme du Buisson, un centre d’arts près de Paris, que Danis rencontre Benoît Darveaux (connu pour ses collaborations avec les frères Dardenne) et que le projet prend forme. Danis soumet à Darveaux l’idée d’un théâtre-film; ils commencent d’ores et déjà à travailler. Retournant à ses carnets pour y puiser un texte qui convienne à ses ambitions techniques, l’auteur ressort une histoire écrite en 1996, celle de Kiwi, une adolescente marginale qui vit dans la rue d’une ville où les Jeux Olympiques imminents poussent les autorités à partir à la chasse aux sans-abri. Aussi, les acteurs de Kiwi (Baptiste Amann et Marie Delhaye), au fil de leur récit, sont ils traqués par les caméras «comme si on traquait des bêtes dans une rue».

Faire avancer la dramaturgie
Ce projet de l’auteur et metteur en scène met pour lui en relief sa volonté de renouveler le théâtre : «On peut continuer à faire du théâtre avec des chandelles, mais ce serait nier notre siècle, affirme-t-il. On se sert de l’appareillage technique pour faire avancer la dramaturgie, ça n’enlève rien au théâtre! Ça ne donne absolument pas de la vidéo; on sent que les acteurs sont présents.» Nouveau vocabulaire, façon de «décloisonner l’articulation de la narration ou de l’apparition des personnages», la technologie permet à Danis d’accélérer le rythme de la représentation comme d’élargir les possibilités de son imaginaire. La rapide succession des plans de caméras et l’intégration de séquences pré-filmées permettent de «déplacer» les personnages d’une nouvelle manière.

Or, pour Danis, pas question de tomber dans le m’as-tu-vu technologique. «On bâtit un projet sans que ce soit boum-boum, affirme-t-il sérieusement. C’est très sobre. […] Le spectateur se fait son décor, c’est ça qui est intéressant.»

À noter que Daniel Danis présente ainsi pour la première fois au Québec l’une de ses pièces dans sa propre mise en scène. Un retour scénique bénéfique au plan de l’écriture, puisqu’il planche déjà sur le texte d’un second théâtre-film, qui se déroulera au Japon cette fois.

Après une présentation initiale au Festival OFF d’Avignon l’an dernier, Kiwi sera présentée en première québécoise à la salle Multi de Méduse les 24 et 25 novembre.