L’histoire a subi plusieurs transformations en cours d’écriture. Lorsque Jean-Guy Côté a repris le travail de Réal Beauchamp, il n’y avait que quelques scènes dialoguées et l’idée de base : la rencontre entre un jeune un peu perdu et une femme d’âge mûr dont le rêve de vie parfaite vient d’éclater. Pour que le spectateur «accroche», il fallait que les personnages soient très réalistes : «Pour Julie, qui a mon âge, les mots venaient tout seuls, raconte l’auteur, mais Nicolas ressemblait à un jeune de 1960 ! En changeant la musique qu’il écoute, sa façon d’établir contact, il est devenu réel.» Les deux êtres s’apprivoisent par à-coups, au fil des rencontres sur le palier qui unit leurs deux appartements. Le spectacle est épuré, plein d’ellipses soulignées par les éclairages et par la musique. «Souvent, il y a trop de paroles au théâtre !», note Côté.

En écrivant, il entendait déjà la voix de Marie-Ginette Guay. Enthousiaste, la directrice artistique du Périscope a trouvé (oh ! miracle) quelques trous dans son horaire chargé. Il voyait aussi déjà les problèmes de mise en scène que Frédéric Dubois aurait à surmonter : «À la fin, on arrive à un temps presque suspendu, et on doit transmettre l’émotion alors que tout se passe derrière une porte fermée». Mission réussie, puisqu’on peut voir des spectateurs essuyer leurs larmes à la sortie de la salle. Plus que les mots, c’est le jeu sensible des comédiens qui provoque la rencontre entre le théâtre et le quotidien, et avec l’autre, au-delà des générations.

Repris à Montréal à la Licorne à l’automne dernier, Le Palier est à l’affiche au Périscope jusqu’au 18 avril.