L’histoire des Misérables se retrouve à Québec, une petite révolution dans le monde institutionnel de la comédie musicale. C’est une des premières fois depuis sa création en 1985 par le Britannique Cameron Mackintosh (Cats, Le fantôme de l’opéra) que les droits sur la mise en scène de l’oeuvre sont cédés. «Autrement je ne l’aurais pas fait, confie le metteur en scène. Cela aurait été un travail de placement, de respecter les schémas de mise en scène et de faire approuver le produit final par la compagnie détenant ses droits».
Dans le cas de Frédéric Dubois, l’objectif n’était pas de déconstruire et de transgresser le célèbre musical, mais plutôt de revenir à l’histoire originale, celle du roman de Victor Hugo.

«Que ceux qui rêvent encore de faire pousser une rose au milieu de la misère (…) puissent le faire encore, et librement!» Voilà le souhait avec lequel Frédéric Dubois accueille le public dans son mot de programme. Avec lui, le désir humaniste que Victor Hugo, alors exilé politique, entretenait pour sa France natale en écrivant Les Misérables, résonne encore dans les conditions sociales d’aujourd’hui. «C’est ce qu’on nous rappelait en cours de répétition, souligne Kevin Houle, qui interprète l’étudiant et révolutionnaire Enjolras. De penser à ce que nous chantions, d’incarner ces paroles qui ont toujours une vraie portée. De raconter l’histoire».

Frédéric Dubois a aussi eu à composer avec des voix et styles de jeu venant de milieux différents (chanteurs d’opéra, de variété et comédiens) en plus de devoir orienter la musique originale à travers les oreilles de trois nouveaux orchestrateurs (Pierre-Olivier Roy, Nicolas Jobin et Gilles Ouellet). Kevin Houle, qui vient du milieu de la comédie musicale, y voit une source de richesse : «Nous avons été très bien entourés dès le début du projet. 250 heures de répétition, c’est du luxe dans ce milieu. On a eu le temps de partager nos connaissances respectives.»

Ce temps généreux alloué à la préproduction semble aussi avoir facilité l’adaptation des comédiens aux aspects plus innovateurs de la scénographie, le plancher incliné et projections entre autres. Dubois mentionne que dans ce dernier cas, les grandes toiles sur lesquelles les images sont projetées permettent d’isoler les personnages lorsqu’ils chantent en solo, appuyant ainsi leur état psychologique. Le plancher quant à lui permet une plus grande profondeur d’action, facilitant une approche plus théâtrale et multiple aux scènes de groupe. Il reste la musique, qui, malgré la relecture des arrangeurs, ne saurait s’éloigner de l’allure très flamboyante de la composition originale du français Claude-Michel Schönberg.

«C’est un show rock». Telle est la description de Frédéric Dubois pour cerner la réaction du public. Et c’est par ce type d’éclat que l’oeuvre transmet un peu de son pouvoir politique. «La plupart du temps, le public ne nous laisse même pas terminer la dernière chanson avant de nous acclamer. C’est vraiment un bon thrill.» Une énergie qui transportera les 77 artisans des Misérables jusqu’à leur 91e représentation en octobre, et peut-être même jusqu’à des supplémentaires en 2009. «Une oeuvre qui se relit est une oeuvre qui survit!» conclut Dubois avec brio, exprimant du même coup la vigueur de cette entreprise qui aura marqué les célébrations estivales du 400e anniveraire de la ville de Québec.