Karkwa, Florence K., Misteur Valaire, Xavier Caféine et Antoine Gratton, voilà une infime partie des artistes qui ont accepté de participer à cette présentation annuelle des Jeunes musiciens du monde. Très prisés par le public et les gens de la scène depuis 2002, année de la création de l’organisme communautaire, les événements culturels organisés par JMM — le concert de Québec, celui de Montréal et le cocktail dînatoire — permettent d’amasser près de 100 000 $ par année, soit 35 % du financement de l’organisme. «Vous devez vous demander comment on fait pour faire vivre quatre écoles avec 350 000 $!, lance spontanément Mathieu Fortier, qui a fondé l’organisme avec son frère, Blaise. Il faut dire qu’on est économes : on dépense là où c’est important et on bénéficie d’une bonne part de bénévoles et de dons».

Pourquoi Kitcisakik?
C’est plus motivés que jamais que le jeune homme et son équipe peaufinent le développement de cette quatrième institution, à Kitcisakik. «On voulait travailler avec les Premières Nations depuis longtemps», expose M. Fortier. Ce qui adonnait bien, puisqu’un de leurs collaborateurs avait déjà établi un contact avec les membres de la communauté algonquine, qui étaient intéressés par l’idée. «Pour s’installer, il faut qu’il y ait tout d’abord une volonté du milieu, il faut que le milieu veuille nous recevoir, avance M. Fortier. Il faut aussi qu’il y ait des enseignants sur place, qui détiennent des capacités musicales… Kitcisakik avait tout ça».

Il va sans dire que la communauté algonquine constitue un endroit répondant bien aux critères de l’organisme communautaire. «On s’établit dans des quartiers où les jeunes n’ont pas accès à des cours de musique, parce que c’est trop loin ou parce qu’ils n’ont pas les moyens de s’en offrir», explique M. Fortier.  L’école de Kitcisakik s’ajoute donc à celles de Kalkeri, en Inde, du quartier Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal, et de la basse-ville de Québec, qui viennent en aide à plus de 200 jeunes chaque année.

Un double bénéfice
Il est à rappeler que Jeunes musiciens du monde favorisent l’épanouissement de ces enfants, âgés entre 5 et 17 ans, par l’enseignement de la musique traditionnelle tirée de leur patrimoine respectif. «Ils développent une estime de soi, une valeur de la persévérance et du travail, en plus de rester liés à leurs racines en préservant leur identité traditionnelle», aux dires du co-fondateur.

Reste que Mathieu Fortier tire lui aussi fièrement sa part de bénéfices personnels dans l’aventure : «Si tu savais le nombre de fois où j’ai pleuré de joie en voyant progresser ces jeunes-là, en les entendant parler d’écologie, d’importance de la conscience sociale, etc. On travaille d’arrache-pied, sans trop de revenus, mais on le fait pour eux.»