En 2006, Patric Saucier a eu ce qu’il appelle «un coup de cœur d’écriture». En sortant du Salon du Livre de Paris, blessé à la cheville et perdu, il se retrouve Place d’Italie. L’averse est imminente. La jolie jeune femme à qui il demande son chemin jauge son embonpoint d’un regard méprisant et s’éloigne, sans un mot. Outré, il lui crie : «Excusez-moi d’exister !» et, porté par l’émotion, se met à écrire Le Boxeur.

Voilà pour l’amorce, mais l’histoire est loin d’être terminée. En personne, Patric Saucier a tout du parfait gentleman, mais son alter ego théâtral a choisi de défigurer la Parisienne à coups de poing et se retrouve en prison.

«Si je retombais sur cette fille-là, je lui dirais merci !», lance l’auteur, metteur en scène, acteur et, depuis septembre, chargé de cours en création littéraire à l’Université Laval. En plus des deux séries de représentations à Premier Acte, Le Boxeur sera joué à Paris et à Limoges, en mai prochain.

Les critiques sont unanimes et ravies: Patric Saucier est aussi habile pour incarner à lui seul toute la distribution que pour manier la plume. Ce dernier est visiblement heureux de remonter dans le ring : «Je reçois encore beaucoup d’échos du spectacle. Les rencontres inopinées avec les spectateurs sont rassurantes. Chacun accroche sur un moment particulier, comme la mort du père, atteint d’Alzheimer, qui oublie qu’il est mort et revient sans cesse.» Et le thème de l’exclusion rejoint un large public. «Tout le monde a déjà été rejeté à cause d’une différence : des broches, des boutons, un format hors normes», rappelle Patric Saucier. Dans sa cage, le boxeur est entouré d’objets familiers qu’il animera pour représenter sa mère, son père, Mohammed Ali, et ses compagnons de cellule. «Au théâtre, tout est à portée d’imagination. On joue ensemble à se faire croire», mentionne l’artiste polyvalent, qui a étudié en design industriel avant de s’inscrire au Conservatoire. «Je faisais de la BD et des affiches pour utiliser des facettes plus créatives du dessin. Je fais un peu la même chose au théâtre… », poursuit-il.

Pour affiner son jeu et pouvoir endosser efficacement le rôle de metteur en scène, Patric Saucier a filmé la représentation sous plusieurs angles : «En entrant sur scène, j’active la caméra à l’aide d’une télécommande. Puis, je fonce ! Le Boxeur est un vrai défi au sens athlétique. Pourtant, il y a une grande béatitude dans ce
spectacle-là.» Un match entre langage cru et poésie dont, espérons, les spectateurs sortiront encore une fois K.O.