Anik Jean est de ces artistes qui fascinent, intriguent, tant par leur talent singulier que par leur personnalité. D’abord présentée comme la protégée de Jean Leloup, elle semble maintenant s’être affranchie et avoir trouvé, avec Le ciel saigne le martyre, sa véritable voie musicale. «Le deuxième album, c’est vraiment plus mon son, plus mon style. Ça paraît sur la scène», affirme cette multi-instrumentiste qui, pour le spectacle acoustique, n’est accompagnée que de son guitariste, Steeve Nadeau.

Évidemment, le son rock de l’album est adapté à l’ambiance plus intime de cette version du spectacle. Il s’agit d’une occasion, pour l’artiste, d’explorer de nouvelles pistes sur scène. «C’est vraiment cool. C’est ben différent du spectacle full band avec la mise en scène et les éclairages. Je me mets à nu devant mon public. Je me permets des choses que je ne me permets pas avec un band», maintient celle qui, à ses débuts, fuyait ce genre de prestation. «Avant j’essayais d’éviter ces shows-là. Mais j’ai eu le goût avec les shows radio. Je faisais des tounes version acoustique et les gens me demandaient après si elles étaient sur disque. Là, je me sens capable d’être là, toute seule, pendant presque deux heures. Je suis rendue pas mal tough!», confirme la chanteuse.

Cette confiance en soi se perçoit dans l’attitude d’Anik Jean qui, dans les dernières années, a gagné en maturité tant comme auteure-compositrice que comme interprète. Celle qui a fait la première partie des Rolling Stones, en janvier 2006, n’aime pas se la couler douce. «J’aime pas ça faire des affaires faciles. C’est pas évident à faire, mais je suis comme ça. Quand c’est facile ça me turn off», soutient-elle, convaincante. Présenter deux versions de son spectacle s’inscrit donc directement dans ce désir de provoquer l’effort, de s’imposer de nouveaux défis.

Si le son et la mise en scène seront épurés, gageons cependant qu’Anik Jean saura conserver son mordant, son côté rockeur, grâce à ses textes incisifs, sombres à l’occasion, qui prendront encore plus de place. Un avant goût? «Les filles de tout le quartier tombent à tes pieds, par millier/ Comment pourrais-je résister?/ Mais tu m’emmerdes… tu m’emmerdes», extrait de «Si Parfait», hymne aux «gars cons» (dixit Anik Jean), présenté sous la forme d’une ballade country plutôt efficace. Allez les filles, avouez que ça fait du bien, non?