Anne-Marie Olivier voit ses personnages comme «de drôles de polaroïds d’humanité, de misérables petits instantanés qui sont tous en quête ou en perte de sens». Un peu fous, toujours étrangement familiers, ils déballent leurs confidences dans une cabine qui distribue des conseils : un psychomaton, «une oreille bionique, une confesse électronique». «Cette machine occupe la place des grands penseurs de notre époque, explique la jeune dramaturge. Parfois, leur pensée nous atteint, parfois on n’y comprend rien, à d’autres moments on saisit quelque chose de complètement distorsionné».

Chargée de mettre en situation les préoccupations sociales et actuelles des membres du groupe AD HOC (notamment Hélène Florent, Édith Paquet et Véronika Makdissi-Warren, qui signe la mise en scène), Anne-Marie Olivier livre ici «une comédie existentialiste, un commentaire sur l’absence de pensée, le manque de culture, vus avec tendresse, humour et dérision». L’étroite collaboration avec l’auteure a permis aux comédiens de «se mettre en bouche des paroles qu’ils aiment» et «d’endosser des rôles qu’ils ont envie de jouer», explique la metteure en scène. François Archambeault avait également pris plaisir à modifier son texte Les Gagnants (15% moins de gras) pour le premier spectacle du groupe en 2003.

Dans Psychomaton (version remasterisée) «l’action est resserrée et va davantage à l’essentiel», constatent les deux artistes. «On concentre le sucre, le pétillant !», ajoute Véronika Makdissi-Warren. L’auteure a remodelé le langage déconstruit qu’elle avait expérimenté dans la première mouture. Le résultat, sur scène, dans un décor de petit coin de ville, devrait interpeller encore davantage le spectateur, déjà happé par les confidences des personnages, montrés en négatif sur des images de caméra de surveillance. La création originale revient au Périscope gonflée à bloc, prête à conquérir un nouveau public.

«Nous n’avons plus droit à l’erreur en création, il faut que tout fonctionne, tout de suite», remarque Anne-Marie Olivier, qui prépare plusieurs projets de front. Outre l’écriture de son deuxième spectacle solo, qui poursuit le primé et tentaculaire conte urbain Gros et Détails, une autre de ces pièces – dont le nom est tu pour l’instant, un huis-clos pour plusieurs personnages –, sera présentée la saison prochaine à Montréal.